Le procès en appel d'Abdelkader Merah s'ouvre ce lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris. Comme lors du premier procès, et pendant quatre semaines, les parties civiles seront accompagnées par les psychologues de l'association Paris Aide aux Victimes, dirigée par Carole Damiani.

Les psychologues de l'association "Paris Aide aux Victimes" seront là pour aider et accompagner les parties civiles
Les psychologues de l'association "Paris Aide aux Victimes" seront là pour aider et accompagner les parties civiles © AFP / Stéphane DE SAKUTIN

Carole Damiani est psychologue, elle dirige "Paris Aide aux Victimes", une association mandatée pour apporter soutien psychologique, information sur les droits et aide dans les démarches aux victimes d'infractions pénales, de catastrophes et d'accidents.

FRANCE INTER : En quoi consiste l'accompagnement des victimes ? 

Carole Damiani : "Comme au premier procès Merah, deux psychologues seront présents en permanence dans la salle d'audience, pour échanger avec les parties civiles, ou mener des entretiens confidentiels avec les personnes qui en ont besoin. C'est une mise à disposition : chacun s'en saisit, ou pas. Même si parfois, on a envie d'aller vers les gens, parce que ce n'est pas parce qu'ils ne demandent pas, qu'ils ne souffrent pas... L'important, c'est qu'on soit là. Les parties civiles ont particulièrement besoin de nous au moment où elles vont déposer : parfois nous préparons cette audition, pour savoir ce qu'elles ont envie et besoin de dire. Elles craignent beaucoup l'intervention de la mère des frères Merah : c'est un moment qui a été très douloureux la dernière fois. 

Elles comprennent tout à fait qu'il y a la douleur d'une mère, mais pour elles, leur douleur n'est pas de la même nature, et c'est compliqué de l'entendre dire qu'elle soutient ses enfants. Pour certaines victimes, c'est un peu comme des vases communicants : elles se disent, 'moi je souffre', et c'est très difficile d'entendre que la mère des auteurs souffre aussi."

Les victimes vont-elles revenir pour le procès en appel ?  

"La plupart vont revenir. Pour elles, c'est un moment qui fait partie de leur parcours, elles ont besoin d'être là. Etre là, pour aider jusqu'au bout, pour être présent auprès des personnes disparues. C'est en leur nom qu'elles sont là. C'est très douloureux, mais certaines le sentent comme un passage obligé, notamment les mères, les sœurs ; parfois aussi les pères, mais d'une autre façon." 

Assister au procès aide-t-il à aller mieux ?

"Ce procès, comme aucun procès d'ailleurs, n'est absolument pas thérapeutique en soi, il faut aussi faire un chemin personnel. On s'aperçoit que le procès, à terme, peut avoir un effet pacificateur. On est un peu plus en paix avec soi, mais ce n'est pas immédiat. Ici, avec l'appel, certaines victimes se mettent en 'stand by', tant que ce n'est pas passé. Après, il pourra y avoir un effet éventuellement libérateur. Je dis bien éventuellement, il faut que ça s'accompagne d'un travail de réflexion personnelle. Aujourd'hui, toutes les victimes n'ont pas fait le même chemin. Certaines sont encore dans la colère, d'autres ont dépassé cette étape. Certaines sont beaucoup dans la souffrance, d'autres ont trouvé un certain apaisement, avec des moments où cela resurgit. Le but, c'est que ce procès puisse faire suture : une étape très importante est passée, on n'oublie pas, on n'oubliera jamais, mais ça ne fait plus aussi mal, ça ne détruit plus de la même façon."  

► POUR EN SAVOIR PLUS | Le site de Paris Aide aux Victimes 

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