C'est toute la question de cette affaire. Car seules deux options sont sérieusement envisageables…

[NOTE : article originellement publié le 25 octobre 2013]

Soit Jean-Louis Muller a tué son épouse - ce qui fait de ce passionné d'arme un meurtrier. Soit Brigitte Muller s'est elle-même tiré une balle dans la tête et la mère de famille est alors devenue suicidaire.

BRIGITTE, JEAN-LOUIS ET LES ARMES par Charlotte Piret

Des armes, chez les Muller, il y en a beaucoup. Il faut dire que Jean-Louis, lieutenant-colonel de réserve, aime ça. Le Ruger 357 Magnum retrouvé aux pieds du corps de Brigitte faisait partie de sa collection. Tout comme un fusil Ruger de calibre 256, un revolver Colt Navy 38, un Spring Field de calibre 357, un Fausti Stefano ou une carabine 22 long rifle … Des armes que le médecin généraliste, également inscrit au club de tir d’Ingwiller, détenait légalement.

Des armes pour lesquelles « Brigitte avait une aversion », raconte ce matin son ancien beau-frère, Philippe Lacour, à la barre. Et même si Jean-Louis Muller précise que c’est bien sa femme qui a tapé à la machine sa thèse sur « les effets des projectiles de petit calibre », il semble que cette femme coquette, soigneuse, ne savait guère manier d’arme.

Bien au contraire, elle en avait peur. « Si un jour il m’arrive quelque chose, il ne faudra pas croire Jean-Louis » aurait-elle ainsi confié à son beau-frère. Certes « elle s’en amusait, elle disait ça en riant ».

Mais « moi, ça m’avait glacé », lâche Philippe Lacour à la barre.

A QUELLES CONDITIONS EST-ON SUICIDAIRE ? par Charlotte Piret

Extrait d'audience, l'avocat de la défense Eric Dupond-Moretti au témoin Philippe Lacour :

Pensez-vous que quelqu’un qui est sur le point de se suicider est rationnel ? Pensez-vous que quelqu’un qui se suicide par médicaments aime les médicaments ? Que quelqu’un qui se suicide par arme à feu aime les armes à feu ? Que quelqu’un qui se suicide par pendaison aime la pendaison ?

Procès Muller #4 / Philippe Lacour par Arnaud Tylec

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Brigitte Muller a-t-elle pu se suicider ? C’est la deuxième question cruciale de ce procès. La première étant : son mari l’a-t-elle tuée ?

Mais depuis ce matin, par le biais des témoignages de son ancien beau-frère, belle-sœur et « amant », c’est de Brigitte Muller qu’il est question. Et donc de son possible suicide ou non.

Et là, on entend tout et n’importe quoi, qu’importe la solennité de la salle d’assises.

Brigitte était « une bonne mère ». C’est elle-même qui le dit, à l’homme avec lequel elle débute alors une relation, raconte celui-ci à la barre. Dans la bouche de l’avocat général, cela devient donc : Brigitte aimait ses enfants, elle n’a donc pas pu se suicider.

Brigitte « avait des projets », évoque ensuite l’accusation. En l’occurrence : son « amant » qu’elle avait, dans un premier temps, envisagé de voir dans la semaine de son décès ; un rendez-vous chez le psychiatre. Et là encore, la même logique qui se veut implacable : la victime avait des projets, elle ne pouvait donc pas se suicider.

Brigitte « aimait les belles lettres, les poèmes, était cultivée », témoignent tous ceux, ou presque, qu’ils l’ont connu. Et l’une des ses belles-sœurs d’en conclure : « Si elle s’était suicidée, elle aurait laissé une lettre, une explication. »

On entend aussi que « Brigitte était quelqu’un de fort », « qu’elle n’aimait pas les armes », « était pacifique », « qu’elle était coquette ».

Aussi longue est la liste, aussi faibles peuvent paraître les arguments à quiconque à déjà eu le malheur de voir un proche de suicider.

FACE À FACE par Charlotte Piret

L’un est aussi mince et glabre que l’autre ventru et barbu.

Le premier est à la retraite – il se réinscrit au barreau spécialement pour suivre cette affaire dans laquelle il intervient depuis le début – l’autre au sommet de sa carrière, même si le magazine GQ vient de le faire passer de la première à la cinquième place de son classement des avocats les plus puissants.

Et si le premier est plongé dans le dossier depuis près de quinze ans, l’autre, qui y plaidera pour la première fois jeudi prochain, le présente déjà ici ou là comme « l’affaire de sa carrière ».

Me Marc Vialle a la voix qui claque, celle d’Eric Dupond-Moretti résonne, tonne même entre les murs lambrissés de la salle d’assises.

Et même si l’un tente de continuer à peser dans ce dossier, l’autre prend décidemment toute la place.

Procès Muller #11 / La présidente, Me Vialle et Me Dupond-Moretti par Franclet

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Alors, entre les deux, les invectives sont fréquentes, les face à face viennent souvent perturber les auditions de témoin et la présidente tente, tant bien que mal, de s’interposer.

Car quand les deux robes noires s’affrontent, on en oublierait presque l’accusé lui-même.

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