Alors que les débats sont désormais clos, place aux plaidoiries des avocats des parties civiles.

[NOTE : article originellement publié le 30 octobre 2013]

« JE VIENS SANS HAINE » par Charlotte Piret

« Je viens sans haine » assure en introduction de sa plaidoirie celui qu’on a parfois vu très agressif, le deuxième avocat des parties civiles, Me Marc Vialle.

Procès Muller #3 / Me Vialle par Martin Ferrer

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« Je viens parce que je sais que pour prendre votre décision, il faudra, au-delà de ce qui a été débattu, que vous ayez une intime conviction et que votre intime conviction a besoin de vérité. Et non pas de vérité judiciaire, mais de vérité avec un grand V. »

« Je viens sans haine essayer de vous aider à répondre à cinq questions : voilà ma plaidoirie. Ou ? Quand ? Comment ? Qui ? Pourquoi ? »

Et en guise d’explication, du pourquoi de l’impossibilité d’un suicide en somme, l’avocat qui a repris du service pour plaider dans cette cour d’assises évoque : « Est-il illégitime qu’une femme qui est belle, intelligente, cultivée, raffinée, puisse à un moment de son existence ne pas envisager de refaire sa vie ? Parce que sa vie n’est plus une vie. N’est-ce pas le plus beau moment de la vie que ce moment où se noue la relation amoureuse ? C’est là que tous les rêves sont permis. C’est là que tous les espoirs existent. Ensuite, on sait ce que ça peut devenir : la preuve. »

Car, analyse Me Vialle : « Brigitte a aimé cet homme, 17 ans de sa vie. Elle a passé son existence avec Jean-Louis Muller à le porter à bout de bras. Elle a été à ses côtés dans tous les conflits qu’il a menés, parfois contre des moulins à vent. Car cet homme est belliqueux et belliciste. Tout le tissu social, amical, relationnel de Jean-Louis, c’était grâce à Brigitte. Et il l’a délaissée, son frère Franck vous l’a raconté ».

« Après que vous ayez entendu Franck, je pourrais maintenant me taire. Parce qu’il a tout dit Franck, sans méchanceté, sans vindicte. »

Sans haine, donc.

JUSQU’OÙ LE DOUTE PEUT IL PROFITER À L’ACCUSÉ ? par Jean-Philippe Deniau

A partir de quel degré d’incertitude le juge, qu’il soit juré ou professionnel, va-t-il s’imposer la religion selon laquelle le doute doit profiter à l’accusé, et qu’il doit acquitter ? Le débat, lancé dans un précédent billet, a rebondi sur le réseau Twitter l’autre nuit. Magistrats, avocats et journalistes (légèrement insomniaques) ont montré dans leurs réponses chargées de prudence, qu’il ne pouvait y avoir de règle mathématique en la matière.

« Quel doute ? » questionne d’abord @jugedadouche en évoquant le dilemme de ces dossiers dans lesquels il existe un « faisceau de preuves mais l’accusé a l'air sincère quand il nie ». Le journaliste @brenoul cite le cas inverse des accusés « qui ont l'art de se mettre dans le pétrin, ceux qui ne savent pas parler. J'ai vu plusieurs condamnés, qui me paraissaient coupables mais l'honnêteté me forçait à reconnaître qu'il n'y avait pas de certitude. »

Pas de certitudes, certes, mais un faisceau d’indices. @brenoul relativise : « Un faisceau n'est qu'un faisceau. Et on condamne souvent au nom du vraisemblable ». Mais @jugedadouche rappelle un épisode important du procès d’assises, que le journaliste ne connaît pas puisqu’il se déroule forcément à huis clos : le délibéré. « Le délibéré permet à chacun de récapituler, en voyant les réactions des autres par rapport à ses arguments. Peut être auriez vous eu une certitude à l'issue du délibéré ou auriez vous été minoritaire ? Je ne prétends pas que le système soit fiable à 100%. Les dérives sont possibles. Mais je vous assure, quand on voit le sérieux de l'immense majorité des jurés, que c'est un peu injurieux pour eux. »

Dans le dossier Muller, quand au bout de 14 ans, il n’y a ni témoin, ni preuve formelle, ni mobile, tant pour étayer la thèse du suicide que celle du meurtre, la cour d’assises pourra tout de même entrer en voie de condamnation en additionnant une majorité d’intimes convictions. « Il s'agit de croire profondément et sincèrement à son vote » décrypte le magistrat @JapTwit, « les jurés sont souvent impressionnés par la responsabilité de juger. Ils ont rarement des convictions aveugles, même si ça arrive ».

Mais ici « l'ennemi, c'est la logique » prévient l’avocat @MaitreMo, « celle qui peut faire dire : il n’y pas d'ADN sur l'arme DONC elle a été essuyée. DONC un tiers a tiré. Alors même qu'un tiers assassin intelligent n'aurait JAMAIS essuyé l'arme, ou si, mais en prenant soin ensuite d'y apposer l'ADN de la victime : c'était si simple. La "raison" dans la conviction est un ennemi redoutable : elle semble fiable et ne l'est pas. D'autant qu'on se foutait de trouver ou pas l'ADN de Muller : c'était son arme ! » Ce qui permet à @brenoul de conclure « l'intime conviction permet de condamner quelqu'un alors même qu'on n'est pas certain de sa culpabilité ». Les jurés des assises de la Meurthe-et-Moselle entreront en délibéré ce jeudi après-midi.

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