Pour la première fois, France Inter vous propose de vivre ce procès : dessins, témoignages, récits d’audience… Nous vous emmenons dans la salle d’assises de Nancy.

[NOTE : article originellement publié le 21 octobre 2013]

Dès l'ouverture du procès ou presque, Jean-Louis Muller a réitéré ce qu'il a toujours affirmé: "Je suis innocent". Le médecin légiste d'Ingwiller comparaît pour la troisième fois devant une cour d'assises, c'est pour lui le dernier espoir de prouver son innocence. Pour l'accusation, celui de le voir une nouvelle fois condamné pour le meurtre de son épouse, Brigitte Muller.

Extrait d'audience : la présidente après lecture de l’acte d’accusation :

- Monsieur Muller, qu’avez-vous à dire ?

- Je suis innocent.

- Et c’est pour cela, je suppose, que vous avez voulu faire appel ?

- Oui.

Procès Muller #6 / Emma Begin

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LE DERNIER GRAND MYSTÈRE CRIMINEL DU XXÈME SIÈCLE par Jean-Philippe Deniau

Jean-Louis Muller a-t-il réalisé le meurtre « parfait » ou est-il victime d’un acharnement judiciaire injustifié ? Brigitte s’est-elle donné la mort sans que personne n’ait vu de signes avant coureur, ou Jean-Louis a-t-il usé de ses compétences médico-légales pour déguiser un crime en suicide ? En l’absence de témoins directs et de preuves indéniables, l’accusé parviendra-t-il enfin à faire naître un doute et reconnaître son innocence ?

Il est de plus en plus rare de partir sur la chronique judiciaire avec une grande page vide. Souvent, aujourd’hui, les dossiers d’assises sont ficelés comme des saucissons par des expertises toujours plus précises et incontestables : relevés téléphoniques, analyses ADN, cameras de surveillance écrasent les dernières tentatives d’un accusé de faire passer son dossier pour une gigantesque erreur judiciaire. Souvent, les avocats gagnent des acquittements non pas parce qu’ils démontrent l’innocence de leur client mais parce qu’ils soulèvent une petite erreur de procédure qui fera naître un doute dans l’esprit des jurés de la cour d’assises.

Mais ici, non. L’ordonnance du juge qui renvoie Jean-Louis Muller devant la justice criminelle est écrite au bazooka, elle ne laisse place à aucune hésitation sur la culpabilité du Docteur Muller mais à bien y regarder, au bout des 27 pages de démonstration, on ne sait pas vraiment pourquoi ni exactement comment Jean-Louis Muller aurait supprimé celle qu’il n’aimait plus tout à fait.

Le Docteur Muller a déjà été condamné à deux reprises , en 2008 à Strasbourg, en grande partie à cause de son arrogance au cours des débats, soulignent ceux qui ont assisté au procès. Puis en 2010 à Colmar à la suite d’une initiative malheureuse de ses défenseurs de l’époque de garder le silence tout au long des audiences parce que le Président leur refusait une reconstitution.

Cette fois, c’est l’avocat Eric Dupond-Moretti qui reprend l’affaire pour tenter de faire admettre l’innocence du médecin. La « plus belle affaire de sa carrière » ne cesse-t-il de répéter aux journalistes qu’il croise. Une formule dont le champion de l’acquittement n’abuse pas habituellement. Et je l’imagine déjà essorer un à un les témoins qui viendront dire qu’ils ne pensent pas une seconde que Brigitte ait pu se suicider. Un à un les 18 experts du dossier dont les conclusions se contredisent parfois les unes aux autres. Un à un les neuf jurés de cette cour d’assises d’appel, droit dans les yeux pour leur faire prendre conscience que le doute à un prix que son client n’a pas à payer. Maître Dupond-Moretti va tout remettre à plat. Tout. Depuis le début. Depuis le 8 novembre 1999 quand des médecins légistes ont constaté le décès par autolyse de Brigitte Muller.

Voici la page blanche de cette énigme judiciaire, une énigme à l’ancienne, puisque 14 ans après le drame, il y a davantage de questions que de réponses quant à la mort d’une femme et à l’avenir d’un accusé peut-être innocent.

Procès Muller #8 / Rémy Laporte

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"JE SUIS INNOCENT" par Charlotte Piret

« Je suis innocent». Ce sont les premiers mots, ou presque, de Jean-Louis Muller à l’ouverture de son troisième procès. Ces mêmes mots qu’il clame depuis quinze ans. Sans qu’aucun enquêteur, ni tribunal ne soit parvenu à conclure formellement s’il disait vrai ou pas.

Seule a prévalu jusqu'à présent l’intime conviction des jurés. Neuf nouveaux jurés, tirés au sort ce matin comme le veut la procédure, auront à tenter à leur tour à démêler le vrai du faux.

Face à eux, un avocat ultra-médiatique - le pénaliste Eric Dupond-Moretti – et un accusé désormais rodé aux procès d’assises : Jean-Louis Muller, le cheveu plus grisonnant mais toujours ce même aplomb, qui peut tantôt toucher, tantôt agacer. Jean-Louis Muller, médecin légiste pointilleux, qui semble distant derrière la vitre du box des accusés et qui pourtant joue ici sa vie.

Procès Muller #10 / Rémy Laporte

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LE LÉGISTE BAVARD par Charlotte Piret

« Parfois, je suis un peu bavard … ». Interrogé par la présidente sur ses origines familiales, Jean-Louis Muller s’excuse presque. Avant de se lancer : son père, tout d’abord. « Mon père était médecin généraliste. Il partait le matin à 6 heures et rentrait le soir à 10 heures. Donc, les relations avec mon père c’était le dimanche à l’église. »

Son grand-père ensuite, ancien malgré-nous – ces soldats alsaciens enrôlés de force dans l’armée allemande. « Vous dites que votre père a été marqué par cette histoire familiale ? » « Oui ».

Ses grands-parents maternels, encore. « Ils étaient paysans, ils avaient un cheval, ils avaient un peu de forêt où le cheval faisait des bardages …. ». L’homme bavard, celui qui s’était senti frustré lors de son procès en appel lorsque ses avocats l’avaient convaincu d’adopter la stratégie du silence en opposition au refus d’organiser une reconstitution, est de nouveau fidèle à lui-même. « Vous ne répondez pas à ma question, Monsieur Muller », l’interrompt alors la présidente.

On apprendra tout de même qu’il « adore la nature, les chevaux, les chiens, les vaches etc. ». Mais aussi : « j'ai passé mon bac, je suis allé à la faculté de médecine, je partais le matin avec le train de 6 heures 30, je rentrais avec le train de 18 heures 30, je mangeais, puis j'allais dans ma chambre travailler. »

Bref, quand arrivent les questions sur sa mère qu’il décrit comme « sévère, peu encline à montrer ses émotions, à parler », on se dit que Jean-Louis, 57 ans, ne tient pas vraiment d’elle.

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