Face au silence de Mehdi Nemmouche, la cour d’assises de Bruxelles interroge depuis deux jours son coaccusé, qui se dit également innocent.

Nacer Bendrer le 10 janvier 2019 au procès de Mehdi Nemmouche à Bruxelles
Nacer Bendrer le 10 janvier 2019 au procès de Mehdi Nemmouche à Bruxelles © AFP / Benoit Peyrucq

Nacer Bendrer est moulé dans un blouson noir un peu trop serré pour son embonpoint, la fermeture éclair remontée jusqu’au menton. Il est le deuxième homme du procès de l’attentat du Musée juif de Bruxelles. Accusé d’avoir fourni les armes du crime, il est interrogé longuement par la présidente de la cour d’assises. Contrairement à Mehdi Nemmouche, il accepte de répondre aux questions ; avec réticence, mais enfin, il répond, et son audition permet aux débats d’avancer un peu.

Nacer Bendrer a 30 ans, il a fait des "conneries" dans sa jeunesse. De fait, il commet son premier vol à 12 ans, et ses premières condamnations, par le tribunal des enfants de Marseille, tombent à 17 ans. C’est en prison, à Salon-de-Provence, qu’il rencontre Mehdi Nemmouche, en 2009. L’administration pénitentiaire les signale pour leur radicalisation. Mehdi Nemmouche, notamment, faisait du prosélytisme. "Est-ce que c’était un foyer de radicalisation ?" demande Laurence Massart. "C’est des questions d’enquêteurs, ça. C’est pas à moi de dire ‘c’est un radical’" répond l’accusé, qui ne montre aucun signe d’appartenance à l’islam.

Si quelqu'un veut une arme, on ne demande pas pourquoi.

Deux mois avant l’attentat du Musée juif, Nacer Bendrer se rend à Bruxelles, à la demande de son ex co-détenu Mehdi Nemmouche. Ensemble, ils vont au snack, visitent la ville… Mehdi Nemmouche lui demande de lui trouver une arme, "une Kalach". Nacer Bendrer lui promet de chercher… sans plus s’engager. Il ne demande pas quel usage son ami veut faire de cette kalachnikov : "si quelqu’un veut une arme dans la rue, celui qui est en face ne demande pas pourquoi. Le vendeur ne veut pas savoir, il prend l’argent et puis c’est tout", avait expliqué Nacer Bendrer à la juge d’instruction. Rentré à Marseille, l’homme ne trouve pas d’arme. Il est "harcelé", dit il, par Mehdi Nemmouche. Celui-ci vient même le voir à Marseille, fin avril 2014, un mois avant l’attaque de Bruxelles.

Dans le box, Nacer Bendrer s’agace vite. "Qu’est-ce que j’en sais", répond-il souvent, avec une pointe d’agressivité et un fort accent marseillais. Quand la présidente l’interroge sur son "regard" sur les faits, il se montre plus prolixe. "Je suis choqué d'être ici, parce que je suis innocent. Je ne cautionne et ne respecte pas ce qui s'est passé au Musée juif" dit-il. "Les terroristes, c'est des enfants de putain... C'est ignoble, terrible ce qui s'est passé, pour les victimes. Je dis toute la vérité, je suis sincère. C'est vrai, j'ai menti au début [il disait ne pas connaître Mehdi Nemmouche, NDLR] mais j'ai rien à voir avec tout ça, je suis pas un terroriste, pas un djihadiste, je suis innocent."

Dans le box, Nemmouche sourit

Quand il apprend ce qui s’est passé au Musée juif de Bruxelles, il ne fait "aucun lien" avec la requête de son ex codétenu. Nacer Bendrer est interpellé en décembre 2014, repéré grâce à la téléphonie de Mehdi Nemmouche. Il garde alors un pavillon de la grande banlieue de Marseille, pour "un ami". Sur place, les enquêteurs trouvent un fusil automatique, des chargeurs, deux pistolets, de très nombreuses munitions, de l’argent en liquide… Nacer Bendrer assure qu’il ne touche pas aux armes, qu’il n’y connaît rien. "Vous savez que c’est dangereux, quand même ?" ironise la présidente.

Assis à quelques mètres, Mehdi Nemmouche ne cache pas son amusement face à ce dialogue de sourds. Confortablement installé dans son mutisme, il n’en perd pas une miette. L’audition n’est pourtant pas à son avantage : si l’on en croit Nacer Bendrer, Mehdi Nemmouche cherchait activement une kalachnikov, deux mois avant la tuerie du Musée juif Bruxelles.

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