Audience extrêmement éprouvante ce jeudi matin à la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. Sabrina est la survivante d'une tentative de meurtre dont est accusé Jacques Rançon, également jugé pour deux meurtres précédés de viol et une tentative de viol.

Jacques Rançon dans le box des accusés, à la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales
Jacques Rançon dans le box des accusés, à la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales © AFP / Raymond Roig

Sabrina s’avance à la barre, elle se tient droite, ses cheveux ramassés en chignon, habillée tout en noir. La jeune femme déroule son récit d’un trait, presque sans respirer. Les faits remontent au 9 mars 1998."J’avais 19 ans, j’attendais mon copain devant mon immeuble. Je vois un monsieur arriver, il engage la conversation, il sentait l’alcool"

Sabrina répond à peine, l’homme insiste, il a fêté son anniversaire, il lui demande de l'aider à rentrer chez lui. "Je lui dis de me laisser tranquille, et là il me regarde. Mon corps a frissonné. Il me fixait d’un regard sadique, noir. Il expirait fort, comme un asthmatique". 

"J'ai su qu'une dame m'avait sauvé la vie"

Elle commence à pleurer, sa voix part dans les aigus. "J’ai senti à ce moment là qu’il allait me faire du mal. Je me dis : regarde-le, n’oublie pas ce visage". L’agresseur sort un couteau de sa poche, porte un premier coup sous la poitrine. Elle s’enfuit, crie, tombe au sol. Il l’enjambe. Il me disait "je vais te tuer" se souvient-elle, "il m’a éventrée, du bas vers le haut". "J’ai su plus tard qu’une dame m’avait sauvé la vie, en le faisant fuir". 

Dans la salle, tout le monde est bouleversé, jurés, parties civiles, public. Sabrina continue très vite, parle des deux semaines passées en réanimation à l'hôpital, de cette cicatrice de 32 centimètres qu’elle ne supporte pas de voir, de sa peur, en permanence; de sa haine aussi, contre cet agresseur dont elle s’est efforcée, pendant 16 ans, de ne pas oublier le visage

Des cris qui glacent le sang

En 2014, quand elle voit Jacques Rançon à la télévision - il vient d'être interpellé pour le meurtre de Moktaria Chaïb, en décembre 1997 - elle dit avoir senti la peur dans son corps : "J’ai dit  : c’est lui". Cette terreur, Sabrina l’éprouve encore. Devant les yeux médusés de la cour, la jeune femme se met à trembler, sanglote de plus en plus fort, puis commence à hurler. 

Des longs cris, comme une bête hurlant à la mort, et qui glacent le sang. On a la sensation que la jeune femme revit, physiquement, son agression. Sabrina est évacuée, elle reviendra, une demie-heure plus tard, dans la salle d’audience. Blessée, traumatisée. Mais vivante.

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