Elles sont les victimes du "tueur de Perpignan". Mardi, la cour d'assises des Pyrénées-Orientales a retracé la vie et la mort de Moktaria Chaïb, en 1997, à l'âge de 19 ans.

Jacques Rançon le 8 mars devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales
Jacques Rançon le 8 mars devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales © Maxppp / Olivier Got / L'Indépendant

Soudain, Moktaria Chaïb apparaît sur les écrans de la cour d’assises. C’est une fête, dans un bar, filmée par une amie. "Momo, Momo, je te vois de dos !" lance une voix. La jeune fille se retourne, son rire éclate au milieu d’une avalanche de boucles brunes : "oui, c’est moi". Moktaria Chaïb a 18 ans et demi, et la vie devant elle. 

C’est cet élan stoppé net qu’est venue raconter à la barre sa meilleure amie, Sabine. Elles se sont rencontrées au lycée, "on avait le même rêve : devenir infirmières dans l’armée. Elle voulait s’émanciper, vivre comme toutes les autres jeunes filles", raconte Sabine. Moktaria se rebelle contre son père qui veut la marier en Algérie. Placée dans un foyer jusqu’à sa majorité, elle passe son bac, puis s’inscrit à la fac, obtient une chambre d’étudiante. On est en octobre 97. Sabine se souvient que le soir de sa mort, le 20 décembre, elle voulait absolument rentrer chez elle, après avoir passé la soirée chez un ami. "Avoir un chez soi, c’était quelque chose pour elle."

Et puis, raconte Sabine, "ma meilleure amie est devenue une affaire. On était une bande de jeunes innocents, on s’est retrouvés dans quelque chose qui nous dépassait, et qui nous a brisés à jamais." Sabine se tourne vers Jacques Rançon, qui a gardé, dans le box, la tête baissée. "Je vous ai cherché, pendant des années. On a eu peur de vous… Vous pouvez me regarder ?" L’accusé s’exécute. "J’ai passé 17 ans à vouloir savoir qui vous étiez. Il était hors de question de mourir sans savoir ce qui s’était passé."

En octobre 2014, après l’identification de l’ADN de Jacques Rançon sur la chaussure de Moktaria, Sabine raconte qu’elle a rêvé de son amie : "Moktaria me disait c’est fini, Sabine, c’est terminé." Sa voix frissonne, elle reste droite. "Moktaria, vous nous l’avez enlevée, mais elle ne vous appartient pas. Elle nous appartient, à nous tous. On est là pour elle."

L’accusé a de nouveau baissé les yeux. Après ces mots forts et dignes, il lâche quelques pauvres phrases : "ça m’a remué. Je regrette ce que j’ai fait. J’ai ôté la vie… Je sais pas quoi dire."

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