Le PDG d’Orange, poursuivi pour complicité d’escroquerie et de détournement de fonds publics, s’est défendu au procès de l’arbitrage de 2008. Il a expliqué ce qu’était selon lui le fonctionnement "normal" de l’État, là où l’accusation voit un réseau de "connivences" qui convergent vers Bernard Tapie et l’Élysée.

"Je n'ai fait que mon travail", a plaidé Stéphane Richard, à l'époque directeur de cabinet de Christine Lagarde
"Je n'ai fait que mon travail", a plaidé Stéphane Richard, à l'époque directeur de cabinet de Christine Lagarde © AFP / Martin BUREAU

"En 2007, je sortais de 15 ans dans le privé, résume Stéphane Richard, en évoquant sa prise de fonction comme directeur de cabinet du ministre de l'économie, Jean-Louis Borloo, puis Christine Lagarde. C’était mon souhait, mais j’ai fait un sacrifice financier important... C’est pile-poil à ce moment que cette affaire est arrivée, se désole-t-il, pas de bol!".

Le ton posé, derrière ses petites lunettes rondes, le PDG d’Orange a bien préparé son rendez-vous avec la justice. Il explique que l’arbitrage était envisagé avant son arrivée, que le gouvernement y était favorable, et surtout qu’un directeur de cabinet ne fait que mettre en musique les décisions. Mais "je n’ai pas choisi les arbitres" insiste-t-il, (...) Pour le reste, j’ignore tout de ce qui s’est passé, j’ai lu des choses dans le dossier, il appartient au tribunal de se prononcer, cela ne me concerne pas."

Quand Bernard Tapie frappait à toutes les portes

La présidente l’interroge sur la présence récurrente de Bernard Tapie, tantôt à Bercy, tantôt à l’Élysée. Stéphane Richard assure qu’il n’a pas eu de "rendez-vous clandestin" avec l’homme d’affaires, qu’il ne connaissait pas avant (hormis le fait de l’avoir croisé à un dîner chez un ami commun). Nicolas Sarkozy, qu’il connait "personnellement" en revanche, ne lui aurait jamais parlé du dossier Adidas. Face au procureur, Stéphane Richard reconnait que Bernard Tapie allait frapper à toutes les portes, "c’est un élément que je ne pouvais pas ignorer".

Le prévenu ironise sur la thèse de l’accusation, d’une affaire ourdie par "quelques personnes nichées au sein de l’appareil d’État". Sa description à lui du fonctionnement de l’État peut laisser perplexe. Ainsi quand le tribunal aborde la réunion du 30 juillet 2007, à l'Élysée : "J’arrive dans le bureau de Claude Guéant [secrétaire général de l’Elysée], je trouve Bernard Tapie, raconte Stéphane Richard. Au cours de la première partie, assez rapide, il est invité à donner son point de vue. Ensuite M. Tapie s’en va, M. Guéant appelle son staff. Il fait un tour de table, chacun indique qu'en effet le recours à l’arbitrage est une option tout à fait appropriée".

On est alors au coeur de l'été. Christine Lagarde est partie faire de la plongée à Marseille. Les vacances sont écourtées par la crise financière. À son retour, le 11 août 2007, Stéphane Richard lui parle de l’idée de faire un arbitrage pour clore le litige entre Tapie et le CDR (la structure publique qui gère le passif de l’ex Crédit Lyonnais), "sa réaction immédiate c’est de me dire 'oui, c'est une solution de bon sens'".

"J'estime avoir fait mon travail"

Stéphane Richard assure qu’il a été "choqué" par la sentence à 404 millions d’euros. Lui penchait pour un recours, assure-t-il, mais c’est la ministre qui décide de ne pas en faire, "une décision de juriste plus que de responsable politique" selon son ancien directeur de cabinet.

Pour le procureur, "le bon sens a peu à voir avec cette affaire". Le magistrat Christophe Perruault y voit plutôt un jeu de "connivences", et des instructions venues de l’Élysée. Le ton jusqu’ici parfaitement maîtrisé, Stéphane Richard s’emporte un peu : "Si tel était le cas, je me demande pourquoi François Pérol et Claude Guéant (NDLR les conseillers du président) ne sont pas assis à côté de moi dans ce tribunal. Il n’y a jamais eu de connivences (...) J’aurais dû me retrancher à Bercy ? Dire à l’Élysée : je ne peux pas aller à une réunion, parce que ça va être de la connivence ?"

Stéphane Richard conclut : 

"- J’estime avoir fait mon travail, que mon travail.   - Mais est-ce que vous considérez avoir bien fait votre travail ? le relance le procureur.
- Ce n’était pas une bonne décision pour l’État puisqu’on a perdu. Malheureusement quand on est à un poste de responsabilités on est amené parfois à prendre des décisions qui ont des conséquences malheureuses. Dire qu’on a été mauvais, c’est facile après coup. (...) Est-ce que j’ai rempli loyalement ma tâche, oui. Est-ce que j’ai bien fait mon travail de directeur de cabinet, est-ce qu’on a eu l’intérêt financier de l’État en tête ? Oui."

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