Au procès du quadruple meurtre de la famille Troadec, devant la cour d'assises de Loire-Atlantique, l'accusé Hubert Caouissin a donné un récit détaillé des faits, affirmant de nouveau qu'il n'avait pas l'intention de les tuer.

Le procès Troadec se déroule à la Cour d'assise de Nantes.
Le procès Troadec se déroule à la Cour d'assise de Nantes. © AFP / Sébastien Salom- Gomis

C'est un récit livré d'une traite par Hubert Caouissin. Les mains derrière le dos, en chemisette blanche, il parle à toute vitesse de cette soirée du 16 février 2017 à Orvault. "J'arrive vers 22 heures, j'espère voir l'intégralité de leurs voitures, les plaques d'immatriculation" dit-il. Il s'est garé plus loin, il a un bonnet enfoncé jusqu'aux sourcils, une veste donc le col remonte sous son nez. Il a apporté un appareil photo, un calepin et un crayon, et un stéthoscope. Pour trouver des informations, des preuves que l'or existe, toujours. L'ancien technicien supérieur de l'arsenal de Brest encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tué la famille Troadec. Hubert Caouissin accuse son beau-frère d’avoir volé un trésor familial. 

Il est déjà venu, cinq jours plus tôt, il a entendu le téléphone, des conversations à travers la porte. Il veut pouvoir mieux entendre, d'où le stéthoscope. Mais il n'entend que des "bourdonnements" et des "chuintements". "C'était peut-être mes bruits intérieurs, j'étais excité, je tenais pas en place". Il a peur d'être repéré, dans la lumière du voisin d'en face, une "silhouette" semble l'épier. Alors il attend, sur le côté de la maison, dans le jardin. 

"Dans un état de peur intense"

A 23 heures, Brigitte ouvre la porte de la buanderie pour faire entrer le chat. "J'ai peur. Mais j'ai une opportunité d'entrer dans la maison. Si je ne le fais pas, ma peur va devenir chronique. C'est ingérable." Il entre déverrouiller la porte du garage, puis ressort. Il attend jusqu'à 1 heure du matin pour entrer à nouveau, dans le garage. Il s'assied, et attend, encore, dans un état de peur intense. 

Vers 3 heures du matin, je coupe le compteur, pour voir si ça réagit. Dans ce cas-là, je m'en irai.

Il n'y a pas de bruit. Alors Hubert Caouissin pousse la porte du garage, qui donne sur le hall d'entrée. "J'ai plein de pensées qui m'assaillent, ça monte. J'ai des palpitations, des tremblements." Il s'éclaire avec sa montre. Il veut récupérer la clé de la maison pour la dessiner et repartir. Mais il est tétanisé : "Je tremble, je claque des dents, ça fait comme des coups de marteau dans la tête. Je ne peux pas avancer, ni reculer. Je reste comme ça, c'est interminable".

J'entends Brigitte dire : "mais qu'est ce qui se passe ici'?". Je vois une lampe torche, j'entends une cavalcade.

Il dit qu'il veut s'enfuir vers le garage, que Pascal dit alors : "Je vais te tuer". La suite ressemble à un mauvais film de kung-fu. Hubert Caouissin raconte avec un luxe de détails qu'il repousse les assauts de Pascal. Il le balance contre la porte du garage, lui donne un coup "au jugé". Il voit Brigitte avec un téléphone à la main, lui donne un coup pour la faire lâcher. "Pascal a remis le courant. La lumière envahit l'entrée. Y'a pas de clés sur la porte. Y'a rien. Y'a rien. Y'a rien. Je suis coincé.

Les cris, les coups, la lutte corps à corps

Le récit continue, Pascal l'attaque à nouveau, Hubert Caouissin réussit à se saisir du pied de biche que son beau-frère aurait pris dans le garage. Le fils Sébastien s'en mêle (sa chambre est au rez-de-chaussée) : "Je sens que je suis perdu, je me redresse comme un ressort. Pascal dit 'chope le, Seb!'" Il raconte les cris, les coups, la lutte corps à corps. Comment il doit prendre appui pour récupérer le pied de biche resté planté dans le crâne du jeune homme. 

Encore d'autres coups, sur Pascal, sur Brigitte, qui dit à sa fille, elle aussi sortie de sa chambre (également au rez-de-chaussée) : "Allez Charlotte, allez !" "Elle m'attrape au col par derrière, je frappe Brigitte comme ça vient". Il parle de "décharge d'énergie", de lutte, encore, dans la salle de bains. Il se souvient du sang sur le visage de Brigitte, de "_ses bras qui tombent, de ses yeux qui révulsen_t", de sa chute. A la fin, les quatre sont morts. 

J'ai une descente d'énergie brutale. Je me suis assis. Je suis resté planté là jusqu'à 5H30. J'ai commencé à émerger, je suis allé chercher de l'eau.

"J'étais inquiet pour Sébastien", dit-il, "je savais qu'il avait pris un mauvais coup. Il était de travers… je l'ai remis droit dans son lit, il était inerte. J'ai écouté sa poitrine, j'entends rien. J'ai eu un mouvement de panique". Puis il va voir Charlotte, dans sa chambre. Il écoute "quelques secondes" : rien. "Après je suis allé voir Brigitte. Et Pascal. Rien. J'étais hagard, je savais pas quoi faire. Je suis allé me débarbouiller au rez-de-chaussée". 

Il voit enfin les clés dans l'entrée, par terre. Il sort : "Je me revois devant la maison, il est 6 heures moins le quart. Et là, c'est le trou noir. J'ai un flash, je me vois au volant, dans un virage. Mais je pense à mon petit garçon, il a besoin de son papa". À la radio, il y a une chanson, un refrain qui l'apaise.

La présidente attend l'aveu

Il est 9H32, Hubert Caouissin a terminé son récit. La salle est comme sonnée. Pendant les trois heures suivantes, la présidente va pointer, l'une après l'autre, toutes ses contradictions. Les venues précédentes à Orvault, en juin précédent, en novembre, et aussi cinq jours plus tôt. Vraiment, ne venait-il pas pour les tuer? Hubert Caouissin respire fort. Il tient bon, face aux questions de plus en plus incisives de la présidente, qui aimerait bien, on le sent, obtenir l'aveu à la barre de l'intention homicide.

- "À la fin, quatre personnes sont mortes, et vous n'êtes même pas blessé. Comment est-ce possible ?"

- "Je ne m'attendais pas à un résultat pareil."

- "C'est un accident ?"

- "J'ai frappé... Je ne dis pas ça."

- "Vous reconnaissez des violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ?"

- "Oui. J'ai frappé à la tête, je le reconnais. J'étais dans un tel état…" 

Il s'accroche à ces quelques mots. "Je me rendais pas compte". "On peut penser que vous les avez tués, pour ne pas être tué?" tente encore la présidente. "C'est pas le cas" dit l'accusé. "Mon obsession, c'est d'avoir des infos". En quoi cela l'aurait-il aidé, si la famille en voulait à sa vie ? "Si j'arrivais à les coincer, le problème ne se posera plus, je pourrai donner les éléments au fisc."

- "Est-ce que vous pensez que vous avez eu tort d'avoir si peur pour Jean* ? lui demande ensuite Olivier Méchinaud, qui représente le garçon.

- "J'ai un doute. J'étais dans un tunnel, je ne pouvais pas en sortir."

- "Qu'est-ce qui aurait pu vous en faire sortir ?"

- "Malheureusement, ça serait de discuter avec Pascal et Brigitte. C'est ça qui est fou."

On ne saurait mieux dire. Le procès d'Hubert Caouissin et Lydie Troadec se poursuit jusqu'au 8 juillet.

*Jean : prénom d'emprunt du fils d'Hubert Caouissin et Lydie Troadec.