Au cours d'une très longue journée d'audience, la cour d'assises de Loire-Atlantique s'est penchée mercredi sur la personnalité de l'accusé du quadruple meurtre de Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec. Une plongée vertigineuse dans le fonctionnement d'une pensée paranoïaque.

 Le procès d'Hubert Caouissin, accusé de quadruple meurtre, s'est ouvert mardi à Nantes. Image d'illustration.
Le procès d'Hubert Caouissin, accusé de quadruple meurtre, s'est ouvert mardi à Nantes. Image d'illustration. © AFP / Sebastien Salom-Gomis

Cela fait seulement un quart d'heure qu'il est interrogé quand Hubert Caouissin s'effondre dans le box, avec un petit cri, terrassé par l'émotion. "C'est enfoui tout ça, j'en parle jamais", explique le quinquagénaire au front dégarni. "Ça", c'est son enfance, dernier d'une fratrie de quatre, il a grandi auprès d'une mère alcoolique, dépressive et violente, et d'un père qui faisait ce qu'il pouvait.  

Pourquoi n'est-elle pas citée à témoigner ? "Parce qu'elle déforme les choses. Elle dit que c'est mon père qui la battait, alors que c'est l'inverse." Elle est là pourtant, au premier rang, une petite dame aux cheveux tout blancs, assise bien droite. "J'ai eu l'impression qu'il n'y avait pas de place pour moi", dans cette famille, explique l'accusé, "j'ai pas eu d'enfance". Il est le petit dernier, celui qui a vécu le plus longtemps seul avec ses parents. 

Des obsessions intactes

Hubert Caouissin a arrêté de prendre ses médicaments antipsychotiques, contre l'avis de son psychiatre, pour être en forme à son procès, "pour pouvoir parler". Avant de répondre à une question, il précise : "J'ai tout un système de pensée à expliquer." 

La cour tente de comprendre le fonctionnement de cet homme intelligent, à l'apparence banale. La présidente de la cour d'assises l'interroge longuement sur sa dépression, en 2013, ce qu'il appelle son "burn-out". "J'ai commencé à entendre des bruits", dit-il. Le bruit de la serre du voisin. La ventilation, dans la salle d'attente du psychiatre, qui l'empêche d'y retourner. Il ne supporte plus son lieu de travail, sur l'île Longue, dans la base navale des sous-marins nucléaires, en rade de Brest. Il ne dort plus, sauf une fois par semaine, chez sa belle-mère, Renée Troadec, la mère de sa compagne Lydie.  

"Mais le lit dans lequel je dormais a été saboté", dit-il, énigmatique. "Comment ça ?", s'étonne la présidente. "Une pièce du lit a été enlevée." Par qui ? Bref silence. "C'est Pascal qui dormait là." Pascal, son beau-frère, l'une des victimes du quadruple meurtre d'Orvault. Derrière le discours lisse, les obsessions d'Hubert Caouissin semblent intactes.  

"Elle a parlé de pièces d'or"

L'or, par exemple. Cet or volé, qui serait à l'origine du ressentiment d'Hubert Caouissin envers son beau-frère. La présidente, patiemment, remonte le fil de l'histoire. Qui en a parlé en premier ? Caouissin répond. "Renée, ma belle-mère, laissait entendre des choses. Elle s'interrogeait sur le train de vie de Pascal et Brigitte, parce qu'ils partaient en week-end à l'étranger… Elle me posait des questions, alors j'ai émis des hypothèses, j'ai dit, peut-être que Pierre (le père de Pascal et Lydie) avait trouvé quelque chose, quand il travaillait dans le bâtiment ?" 

"C'est donc vous qui en parlez le premier !", relève la présidente. "J'ai pas parlé d'or", se récrie l'accusé. "C'est ma belle-mère, le lendemain, elle a appelé Lydie, un lundi, c'est très inhabituel, elle a parlé de pièces d'or. Dans ma mémoire, ça a ravivé une conversation, où Pierre avait parlé de pièces anciennes." 

Chez Hubert Caouissin, tout semble logique, rationnel… et inébranlable. Sa conviction aujourd'hui ? 

On saura jamais. Mais pour moi, le trésor a toujours existé.

"Et il a été volé… par Pascal ?", souffle la présidente Karine Laborde. "Oui. J'ai pas d'autre explication." 

Peur et angoisses

Même chose, quand il raconte les tours de ronds-points pour semer les voitures louches, les coups de fil étranges, les précautions pour cacher leur adresse dans leur ferme de Pont-de-Buis, la peur de mystérieux tueurs à gages qui en voudraient à son fils, "parce que c'est l'ayant droit du magot"

"Est-ce que tout ça, ce n'est pas un délire ?", demande l'avocate générale. "C'est des faits", répond-il du tac au tac. "Votre vision de la réalité n'a telle pas été déformée ?" tente la représentante du parquet. "On ne vivait pas dans le même monde que tout le monde, c'est sûr", dit Caouissin. Un monde de peur, d'angoisses, de menaces permanentes, dont il ne semble pas vraiment sorti. 

Comment vous qualifieriez Pascal, demande Cécile de Oliveira, l'avocate de la famille de Brigitte Troadec. "Impulsif. Brutal. Imprévisible." Et Brigitte ? "Intrigante." Intrigante ? Il ne trouve pas d'autre mot. Comme s'il ne pouvait pas les voir autrement que comme un couple mal intentionné. Comme si l'humain était trop complexe, trop insaisissable pour la façon de penser d'Hubert Caouissin.