Devant la cour d'assises de Bobigny, les frères Jacques et Philippe Olivier ont longuement été entendus. Ex élus du FN, ils sont accusés par Georges Tron d'être à l'origine des accusations de viols et d'agressions sexuelles dont il fait l'objet avec son ex adjointe Brigitte Gruel.

Georges Tron reproche aux frères Olivier d'être derrière le "complot" politique qui l'a mené, selon lui, sur le banc des accusés
Georges Tron reproche aux frères Olivier d'être derrière le "complot" politique qui l'a mené, selon lui, sur le banc des accusés © Maxppp / Vincent Lesage

Philippe Olivier, les cheveux soigneusement peignés sur le côté, dépose d’une voix assurée. À 57 ans, l’ex élu FN, gendre de Jean-Marie Le Pen, explique : "Voilà sept ans que je suis diffamé par Monsieur Tron. Ma famille habite Draveil depuis 40 ans. Je suis marié à Marie-Caroline Le Pen, si elle s’appelait Dupont, je ne serais pas ici." Il est le frère jumeau de Jacques Olivier, également draveillois, qui a déposé juste avant lui.

L’homme entend balayer la thèse du complot politique orchestré par le Front National. "J'ai été élu et cadre du FN, je l'assume". Il explique avoir rompu avec Jean-Marie Le Pen en 98, une rupture radicale, politique et familiale. S’il s’est depuis engagé auprès de Marine Le Pen - il est un de ses plus proches conseillers - il n’avait à l’époque de l’affaire, en 2011, aucun lien avec le FN, qui le considérait alors comme un traître. 

Le discours-fleuve se déverse, parsemé de piques assassines. Philippe Olivier décrit un Georges Tron narcissique, dont les "convictions anti-FN n’apparaissent que quand il en a besoin". En 2008, quand le maire cherche une domiciliation à Draveil avant les élections municipales, c’est la famille Olivier qui lui loue un logement. 

Autre thèse, celle du complot immobilier 

"De la poudre aux yeux" selon Philippe Olivier. Riverain du "projet Joffre", la construction de 700 logements envisagée par la mairie sur le site d'un hôpital, il s’y oppose avec des citoyens "de tous bords". "C’était un combat collectif, pas personnel. D’ailleurs le projet ne s’est pas fait, pourquoi j’aurais du ressentiment ?" dit-il. 

Le voilà enfin qui dénonce pêle-mêle des emplois fictifs attribués par le député-maire, un bilan de député "absolument nul", des femmes embauchées "sans aucune compétence", une police nationale devenue "milice" pour surveiller les opposants... Sans oublier ce que "tout le monde savait" selon Philippe Olivier : le comportement déplacé de Georges Tron envers les femmes, dont plusieurs d'entre elles se seraient confiées à lui. "Ce ne sont pas des rumeurs, ce sont des réalités" martèle-t-il. N'en jetez plus.

"Voilà le système Tron" assène l’opposant, resté élu sans étiquette de Draveil jusqu'en 2016, avant de démissionner pour tenter - en vain - sa chance aux législatives dans le Pas-de-Calais, sous la bannière du "Rassemblement Bleu Marine".  

Un ennemi politique ou l'auteur d'un complot ?

Face à cette déposition aux accents de réquisitoire, la défense contre-attaque. Les avocats des accusés soulignent les échecs électoraux de Philippe Olivier face à Georges Tron. Ses ambitions toujours vives : "Cette affaire vous a servi de formidable piédestal pour revenir en politique" tonne Frank Natali, l'avocat de Brigitte Gruel. Eric Dupond-Moretti, qui défend Georges Tron, relève que la plaignante Virginie Ettel, qu'il dit n'avoir jamais rencontrée, l'a appelé 16 fois en un an. Philippe Olivier n'en a aucun souvenir. On cite ses écrits aux relents suprémacistes, publiés sous pseudo. 

Mais les flèches s'épuisent vite, car l'affaire qui occupe la cour, les accusations portées par Virginie Ettel et Eva Loubrieu, semble loin. Et l'on attend toujours la démonstration expliquant comment cet ennemi politique de Georges Tron se serait transformé en artisan d’un complot. "Nous y reviendrons" a promis Eric Dupond-Moretti. Georges Tron, qui n'a pas encore été interrogé, sera entendu la semaine prochaine. 

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