Devant la cour d’assises de Bobigny, qui juge Georges Tron et Brigitte Gruel pour agressions sexuelles et viols en réunion, la deuxième plaignante a passé plus de 6 heures à déposer. Sans dissiper certaines contradictions de son récit.

Eva Loubrieu a maintenu mercredi aux assises avoir été violée par l'ex-secrétaire d'État Georges Tron et son ancienne adjointe à la Culture Brigitte Gruel
Eva Loubrieu a maintenu mercredi aux assises avoir été violée par l'ex-secrétaire d'État Georges Tron et son ancienne adjointe à la Culture Brigitte Gruel © AFP / Thomas SAMSON

D’une voix grave, Eva Loubrieu s’accroche face aux questions incisives du président. Car ce que raconte cette femme menue, aux longs cheveux bruns, est complexe. Quand elle rencontre Georges Tron en 2006, diplômée en reliure d’art, elle est divorcée, seule pour élever son fils. 

Embauchée à un poste de chargée culturelle, la relation qui se noue avec le maire est d’abord "affective" dit-elle. Elle décrit le fonctionnement "stéréotypé" de Georges Tron : "Il me demandait de venir. Rangeait son bureau au millimètre près. Fermait la porte à clé." Elle mime les gestes. Puis il s’asseyait face à elle, lui prenait le pied, la caressait, remontait le long de son corps, elle relate des pénétrations digitales. "Moi, j’ai compris que je n’avais pas le droit de le toucher" dit-elle. Aux policiers, elle avait dit avoir accepté ces pratiques comme un "alinéa de son contrat de travail"

Quand elle découvre qu’il entretient les mêmes relations avec une autre femme, en juin 2007, Eva Loubrieu dit qu’elle veut arrêter. Mais le maire l’entraîne alors dans des scènes sexuelles à trois, avec son adjointe Brigitte Gruel. Allongée sur la moquette, caressée, contrainte à faire un cunnilingus, elle dit subir des pénétrations digitales des deux accusés. "Mon corps était là sans être là… j’étais comme un jouet" explique-t-elle. 

Eva Loubrieu doit justifier ses SMS à Gorges Tron

Mais y a les SMS, qu’elle envoie à Georges Tron à la même époque, à l’été 2007. "Je vous embrasse, et encore plus… je suis à votre disposition" lit le président. La cour n’a que les SMS d’Eva Loubrieu : Georges Tron les avait fait consigner par huissier en 2008, bien avant l’éclatement de l’affaire. Elle dit qu’elle répondait à ses demandes, qu’il l’appelait, lui envoyait des messages à toute heure, "il me demandait d’être rassuré, de lui montrer mon affection. Si je ne le faisais pas, c’était terrible" dit-elle.

"Georges Tron, au regard de ce contexte, pouvait penser que vous étiez consentante, vous comprenez qu’on se pose la question ?" demande le président. "Je comprends", répond Eva Loubrieu. "Mais j’étais comme un zombie. Je disais ce qu’il exigeait de moi." Elle parle de sa peur, des colères de Georges Tron, de ses hurlements qu’on entendait parfois dans toute la mairie. 

Licenciée en 2009, elle écrit pourtant une lettre pour le remercier. Le président lui demande de s’expliquer. Eva Loubrieu pleure. "Il m’a menacée de mettre mon fils à la Dass. J’ai dû le supplier, et sous sa dictée, j’ai écrit cette lettre." Le chemin d’Eva Loubrieu est sinueux, ses déclarations variables, "j’ai raconté les choses par bribes, comme je pouvais" dit-elle. Elle admet que son cheminement est compliqué, détaille les conséquences sur sa vie, l’alcool, la drogue, la dépression, les tentatives de suicide, qu’elle attribue au traumatisme consécutif aux faits. 

Aurait-elle reconstruit ce qui lui est arrivé après coup ? La cour d’assises, après cette longue déposition, se pose forcément la question. À sa place, Georges Tron est impassible. Comme son adjointe, il nie formellement l’existence de toute relation sexuelle avec Eva Loubrieu, même consentie. 

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