Georges Tron, l’ancien député et toujours maire de Draveil, et son ex-adjointe à la culture Brigitte Gruel, sont poursuivis devant la cour d’assises de Bobigny pour des agressions sexuelles et viols sur deux anciennes employées. Elles ont toutes deux déposé à la barre.

Georges Tron, maire de Draveil, en février 2012.
Georges Tron, maire de Draveil, en février 2012. © AFP / Lionel Bonaventure

C'est souvent en fin de journée, quand personne ne s'y attend plus, qu'arrive le fameux frisson d'assises. Ce jeudi, la cour d'assises de Seine-Saint-Denis a passé la journée à décortiquer la déposition de Virginie Faux, la première des deux femmes qui accusent Georges Tron et Brigitte Gruel d'agressions sexuelles et viols. Cette dernière a été interrogée pendant plus de sept heures, sur notamment les incohérences, contradictions et trous de mémoire de son récit, qu'elle ne conteste pas d’ailleurs : "Je ne peux vous dire que ce dont je me souviens", a-t-elle expliqué. 

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A 19h30, la cour passe à la deuxième plaignante, Eva Loubrieu. Contrairement à ses habitudes, le président Régis de Jorna la laisse déposer d'une traite. On ne s'attend pas à ce qui va suivre. Eva Loubrieu est une petite femme brune, menue et élégante, en tailleur pantalon gris à fines rayures. Elle parle d’une voix grave, bien posée, aux inflexions maîtrisées. Son métier? Relieuse d’art.

Une relation particulière

En 2006, c’est parce qu’elle se retrouve seule avec son enfant, après une séparation, qu’elle sollicite le député-maire de Draveil pour trouver un emploi. Le courant passe si bien avec Georges Tron que s’installe entre eux ce qu’elle appelle une "relation affective et sexuelle", à base de massages de pieds qui dévient vers des caresses sur tout le corps, dans le bureau du maire, derrière sa porte capitonnée. "Je suis flattée", dit-elle. 

Eva Loubrieu est embauchée pour "relancer l'activité culturelle" à Draveil. Elle raconte ensuite sa stupéfaction, quand  elle découvre que l’assistante parlementaire de Georges Tron entretient le même genre de relation avec leur employeur commun. "Je me sens trompée" dit elle, "je me rends compte que je n'étais pas une personne spéciale pour lui, que c'était juste sexuel. Je lui dis que je veux que ça s’arrête entre nous." 

"Jamais je n’aurais imaginé ça"

Mais on ne s'oppose pas si simplement à Georges Tron. Elle raconte un déjeuner avec le maire et son adjointe à la culture, Brigitte Gruel, devenue sa supérieure directe. "Je me suis retrouvée avec un pied massé par Georges Tron, l’autre par Brigitte Gruel. A la fin de ce déjeuner, nous allons dans le bureau du maire."
Sa voix s'arrête. "Jamais je n’aurais imaginé ça" dit-elle. "La mise en scène se met en place. Mr Tron se met entre nous deux. Il me demande de ne pas bouger, de fermer les yeux. Je suis là, enfermée dans ce bureau." Elle respire. "Je me trouve en position de subir les viols de Mr Tron et Mme Gruel".
Ce qu'elle décrit? Un engrenage, quelque chose de ritualisé, qui se répète des dizaines de fois. "J’étais une poupée de chiffon, c'est lui qui dirigeait ma main, pour caresser Brigitte" explique-t-elle. "Ils m’ont fait boire à chaque fois. Et j’ai bu, parce que c’était tellement insupportable, qu’il fallait boire pour supporter". 

"J'étais ostracisée, plus personne ne me parlait"

La colère et l’émotion percent, puis cèdent la place aux sanglots. "Je le gardais pour moi… J’essayais de trouver une excuse pour ne pas y aller quand ils me convoquaient. J’étais appelée n’importe quand : le soir, le week-end, pendant mes vacances.. Jusqu’à ce que je ne puisse plus".
Quand elle commence à parler auprès de plusieurs personnes de la mairie, Georges Tron, dit-elle, la menace : "Vous  n‘imaginez pas le pouvoir que j’ai : demain, votre fils est à la Dass!"
"J'étais ostracisée, plus personne ne me parlait". Arrêt maladie, licenciement, dépression s'enchaînent. Eva Loubrieu évoque plusieurs hospitalisation, en psychiatrie, en addictologie…
"J’ai cru mourir" dit-elle. Sa voix se brise en mille morceaux : "Moi qui ai du caractère, j’avais laissé quelqu’un me faire ça !" 

La salle est silencieuse, comme sonnée par ce récit coup de poing. 

Ce vendredi, les avocats de Georges Tron et Brigitte Gruel, qui contestent formellement ces faits, interrogeront Eva Loubrieu. L’ancien ministre devrait être entendu sur les faits dans l’après-midi. 

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