Parmi les éléments longuement évoqués lors de ce procès, il y a la personnalité de l'accusé, tout à tour décrit comme "un bon médecin", un homme froid ou un personnage colérique.

[NOTE : article originellement publié le 24 octobre 2013]

Procès Muller #1 / par Emma Begin

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L’ARME SANS TRACES par Charlotte Piret

C’est l’une des énigmes de cette affaire : l’absence d’empreintes digitales sur le revolver 357 Magnum retrouvé aux pieds de la victime. Dans son laboratoire, Jacques Peuziat, expert en recherches d’empreinte digitales, n’a trouvé que deux traces sur la mallette du revolver et n’appartenant ni à Brigitte ni à Jean-Louis Muller. Mais sur l’arme : « aucune trace », affirme l’expert. « Comment vous l’expliquez ? », interroge la présidente.

« L’hypothèse la plus plausible, c’est que l’arme a été essuyée » avance l’homme à la barre. Et sinon ? « Sinon, il peut y avoir eu contamination – par un lubrifiant par exemple - des mains de la personne qui a touché cette arme. »

Ce matin, et peut-être pour la première fois depuis le début de ce troisième procès, l’hypothèse du suicide recule. Certes, l’expert émet encore l’idée que « la personne qui a tenu l’arme n’était pas un sujet sécréteur », entendez qui ne laisse pas beaucoup de traces.

Mais, peu convaincu lui-même, il en devient peu convaincant devant les jurés.

« JE PENSE À CÉSAR » par Charlotte Piret

La phrase avait eu un effet dévastateur lors du procès en appel à Colmar : cette phrase, confiée à la caméra de Claire Denavarre, alors que les jurés délibéraient pendant le premier procès: « A quoi pensez-vous, Monsieur Muller ? A Brigitte ? », « Là, je pense à César, mon chien ». Un effet si dévastateur que, l’extrait, diffusé lors du procès en appel de Jean-Louis Muller, avait figé l’assistance.

Et, pour ce troisième procès, même si l’attitude de Jean-Louis Muller est tout autre, César, lui, est toujours là. Ce gros labrador qui dormait à côté de lui sur le canapé au moment où l’accusé raconte avoir entendu le coup de feu. César qu’il dit devoir sortir de la pièce où il retrouve le corps de Brigitte « pour ne pas qu’il aille … enfin, vous voyez »

César, dont on apprend aussi, qu’il était vraisemblablement l’un des « confident » de Brigitte Muller. A la barre, Hylal Hadef, rencontré par Brigitte Muller pendant les vacances d’été et à qui elle envoyait régulièrement des emails, raconte : « elle m’écrivait qu’elle aimait se promener et qu’elle confiait tout à son chien. Elle disait : « heureusement que ce chien ne parle pas …»

Depuis, on sait par Jean-Louis Muller que le labrador a fait été « traumatisé » par l’incarcération et donc le départ soudain de son maître. « Il a fallu s'en séparer ». Mais la mémoire de César hante décidément toujours les cours d’assises.

JEAN-LOUIS MULLER, CE BON MÉDECIN par Charlotte Piret

Extrait d'audience, Eric Dupond-Moretti s’adressant aux jurés après l’audition de l’ex-associée de Jean-Louis Muller :

Vous voulez que ca soit un mauvais médecin ? Un mauvais associé ? Et bien, c’est un mauvais médecin et un mauvais associé. Ça fait de lui un meurtrier ? Madame la présidente, c’est ça la preuve en matière pénale ?

Procès Muller #7 /Jean-Louis Muller et Eric Dupond-Moretti par Martin Ferrer

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C’est une des qualités qui revient le plus souvent dans la bouche des témoins. Incontestablement, Jean-Louis Muller était un bon médecin. « Quelqu’un de correct, consciencieux, très professionnel, apprécié par l’ensemble du personnel médical » raconte ce médecin urgentiste, ancien collègue du docteur Muller. « Un bon docteur », acquiesce la femme de ménage du couple et patiente de Jean-Louis Muller. Même Francis Michel, un temps associé avec Jean-Louis Muller, et avec qui cela s’est mal terminé admet : « c’est quelqu’un que je respecte professionnellement ».

Bref, les qualités de Jean-Louis Muller comme médecin généraliste font quasiment l’unanimité. Celle d’associé, nettement moins. Car si sa première collaboration avec Francis Michel s’achève assez rapidement mais sans heurt apparent, il n’en va pas de même de sa deuxième association, avec le médecin Patricia Dentel.

A la barre, la généraliste de 47 ans, raconte d’une voix puissante : « Au début tout se passait bien, puis il y a eu des problèmes d’argent, des dépenses inconsidérées qui envenimaient un peu notre association. J’avais décidé de partir et il l’a mal supporté. Il m’a dit des gros mots : pouffiasse, sale pute, gros cul. Puis, ça s’est encore envenimé, il m’a menacée avec une arme. »

« Il vous a menacée avec une arme ? » interroge la présidente. « Aux gendarmes, vous avez dit qu’il a exhibé une arme de collection et qu’il l’a placée sur une étagère dans le cabinet ». « Il m’a vraiment menacée, ça s’est passé, quelques secondes peut-être, mais ça s’est passé », poursuit Patricia Dentel, le ton plus sévère. « Pourtant, vous avez signé ces dépositions ? » insiste la présidente.

« Ça a été mal retranscrit, vous savez comment sont les gendarmes … »

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