Les deux prévenus principaux de l’affaire – François-Marie Banier et Patrice de Maistre – ont porté plainte contre elle pour faux témoignage, ce qui lui a d’ailleurs valu son actuelle mise en examen. C’est dire si les avocats de la défense ne portent guère en estime l’ancienne comptable des Bettencourt. Et s’ils attendaient de pied ferme le fait de pouvoir l’interroger.

Mais quand ce moment arrive enfin – après une contre expertise et la décision du tribunal d’organiser l’audition de Claire Thibout par visioconférence – pas sûr que la défense réussisse à emporter la conviction du tribunal.

Car toute secouée qu’elle ait certainement été par cette affaire, Claire Thibout apparaît plutôt solide. Elle s’énerve, certes. Sa voix monte alors dans les aigus, devient stridente. Mais son propos ne perd pas pour autant en cohérence.

C’est en 2009, quand elle n’en pouvait plus « de tous ces trucs nauséeux de la maison » -entendez par là les agissements de François-Marie Banier : « il était assez extravagant, il se permettait des choses à la limite de l’incorrect » - que Claire Thibout va voir Françoise Bettencourt Meyers. « J’étais chargée des finances de madame Bettencourt, je voyais tout ce qui se passait, que madame Bettencourt perdait la tête. Si je n’avais pas témoigné c’est moi qui serait aujourd’hui devant le tribunal » raconte-t-elle.

C’est alors qu’elle vide son sac : les cadeaux offerts par Liliane Bettencourt à François-Marie Banier, les assurances-vie. Et surtout l’agent en liquide. Les fameux 150 000 euros réclamés selon elle par Patrice de Maistre pour le trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth.

Alors la défense passe à l’attaque.

Me Le Borgne, avocat d’Eric Woerth : « vous nous avez fait savoir que vous étiez dans un état de santé précaire. Ca va mieux ? »

Claire Thibout : « Non ça ne va pas mieux. Ca fait huit ans que je prends des médicaments. Et avec ma mise en examen, je me suis écroulée. »

Me Le Borgne : « je ne suis pas un spécialiste, mais vous ne donnez pas l’impression de quelqu’un en état de faiblesse ».

Vient aussi Me Jacqueline Laffont, avocate de Patrice de Maistre, plus fine, plus insidieuse. Claire Thibout voulait se faire offrir deux appartements à Neuilly ? « J’étais harcelée par Banier, il voulait que j’accepte des donations pour que je ne puisse plus parler de ce qui se passait dans cette maison », rétorque l’ancienne comptable.

Avait-elle des problèmes avec Liliane Bettencourt ? « je suis en train de réfléchir à votre question parce que je la trouve inintéressante. »

Comment pouvait-elle ignorer le contenu des enregistrements clandestins du majordome alors que c’est son mari informaticien qui les a copiés sur CD ? « à la maison, on faisait comme chez les Bettencourt, mon mari faisait ses affaires de son côté et il ne se mêlait pas des miennes ».

Les réponses claquent. Même lorsqu’il s’agit d’ « observations » : « avec une comptabilité tenue au crayon comme la votre, avec les erreurs assez massives ... », lâche Jacqueline Laffont. « Il n’y avait pas d’erreur, s’indigne l’ancienne comptable. Le juge Gentil a vérifié tous mes comptes. De toute façon, on était dans une maison familiale, il n’y avait aucune obligation de tenir un cahier. »

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