La troisième semaine du procès de Francis Heaulme s’achève ce vendredi aux assises de Moselle.

Les dossiers de l'instruction lors de l'ouverture du procès, le 25 avril dernier
Les dossiers de l'instruction lors de l'ouverture du procès, le 25 avril dernier © Maxppp / Alexandre MARCHI / PhotoPQR / MaxPPP

Dernier jour, ce vendredi, de la troisième demaine du procès de Francis Heaulme, aux assises de Moselle. Le tueur en série est jugé pour le double meurtre de Cyril et Alexandre, 8 ans, en 1986 à Montigny-lès-Metz. Jeudi soir, grâce au témoignage d’un ancien co-détenu de Francis Heaulme, on est passé pas loin d’un de ces moments qui font basculer un procès.

A la barre, Pascal M. est campé sur ses deux jambes, entouré d’une escorte qui ne le quitte pas d’une semelle. Condamné à 25 ans de réclusion, notamment pour des braquages, il s’est déjà évadé de prison par le passé. Mais Pascal est là pour parler de son ami Francis. "Le Francis Heaulme qui tue des enfants, je le connais pas. Je connais Francis, l'homme que j’apprécie. Respectueux, drôle, il connaît les codes de la prison; j’avais un téléphone portable, il m’a pas balancé."

"Il avait dit des trucs qu'il voulait pas dire"

45 ans, les cheveux en brosse, des lunettes métalliques, l’homme parle franc, avec un vrai talent de conteur. Les jurés sont suspendus à son récit. Les deux hommes se sont côtoyés à la maison d’arrêt de Metz, en 2001-2002, puis en 2006. Pascal voit que Francis est angoissé : "Il avait dit aux flics des trucs qu'il voulait pas dire" sur l’affaire de Montigny.

"Je lui ai demandé : tu veux m’en parler ? Il m’a dit oui. On était au terrain de sport, j’ai arrêté, pour l’écouter. Il me raconte qu’il est tombé, que les enfants sont venus le ramasser, qu’il a frappé l’un des d’eux... Je lui dis 'Tu te fous de ma gueule, Francis. Pendant que tu fracasses un gamin, l’autre il est là, il bouge pas il fait rien ?' il me répond 'oui'. "

"Ma sœur viendra plus me voir"

La conversation se poursuit. "Je lui dis, Francis, t’es mon ami, j’aime ta franchise, t’es condamné, ça change rien pour toi, avoue, pourquoi tu leur dis pas ? Il m’a dit 'je peux pas, je peux pas, je peux pas. Parce que ma sœur viendra plus me voir en prison'. J’ai compris sa douleur et sa souffrance. Je l’ai engueulé. " Il s'adresse à lui dans le box. "Francis, on peut réparer les mensonges. Alexandre et Cyril ne reviendront pas, mais la justice, c’est un endroit où on peut réparer les mensonges. Si t’es dans le déni, personne peut t’aider."

Le détenu demande au président : "Est-ce qu’il peut me regarder dans les yeux, et dire 'je ne t’ai jamais parlé de Montigny-lès-Metz' ? Parce que mon regard va changer sur lui." Les avocats de Francis Heaulme s’agitent. Lentement, l’accusé se tourne vers le témoin, le temps est suspendu. "Je t’ai parlé de Montigny... mais je t’ai jamais dit j’ai tué les enfants."

"T'es mon ami"

"Alors, je suis pas ton ami" reprend Pascal. D’une petite voix, Heaulme répond : "Si, t’es mon ami". Un silence s’installe… Vite interrompu par le président et la défense. C’est fini, tout aurait pu basculer.

Francis Heaulme, ébranlé par l’échange, s’est repris. On a le sentiment d'une fenêtre qui se referme, d'une occasion manquée : c'était peut-être la dernière. Les débats se terminent lundi soir, avant les plaidoiries. Le verdict est attendu jeudi 18 mai.

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