Pour Serge Dassault et son comptable suisse Gérard Limat, les virements du Luxembourg ont pris fin en mai 2010. La banque Rotschild refuse d’exécuter un nouveau virement vers le Maghreb. Le "compliance officer" (responsable du contrôle interne) et le directeur général s’en expliquent dans une lettre à Gérard Limat datée du 30 juin :

La loi exige […] que les établissements bancaires refusent d’exécuter des transactions si des doutes subsistent quant à l’absence de lien avec le blanchiment et le financement du terrorisme. En conséquence, la Banque Privée Edmond de Rotschild Europe refusera d’exécuter toute transaction n’ayant pas d’objet économique apparent ou d’objet licite visible.

En conséquence, les deux comptes luxembourgeois ont été bloqués. Les enquêteurs se demandent si ce blocage n’explique pas le montage libanais mis en place dans les mois suivants, qui a permis à Serge Dassault de verser encore 3,2 millions d’euros à de présumés agents électoraux. Quant à la société Cofinor, son ancien patron explique qu’elle a fermé à la fin de l’année 2012, notamment "parce que l’activité de compensation comporte des risques". Il est aujourd’hui à la tête d’une autre société "de change". De son côté, Gérard Limat, explique qu’il voulait "tout arrêter", et livre ses états d’âme tardifs, même s’il dit tout ignorer de possibles achats de vote :

Ca m’agace parce que le nom de Serge Dassault est sur la place publique, et ma priorité dans la vie c’est Dassault Aviation. (…) Toutes ces histoires risquent de nous faire perdre des marchés et de voir le Rafale disparaître alors que c’est le meilleur avion au monde.

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Ni Gérard Limat, ni son avocat parisien Me Benjamin Grundler n’ont souhaité répondre à une interview. Me Pierre Haïk, avocat de Serge Dassault, ne nous a pas répondu. Le 9 octobre, il a saisi la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris pour faire annuler certains actes de la procédure, notamment la garde à vue des 19 et 20 février 2014. Le 10 avril, après les élections municipales, le sénateur UMP a été mis en examen pour achats de vote, complicité de financement illicite de campagne électorale et blanchiment de ces délits.

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