Quels sont les risques de voir renaître des groupes terroristes islamistes sur les cendres d'Al Qaeda et de Daesh après la mort d'Al Baghdadi ? Quelles sont les menaces qui pèsent toujours sur les pays qui mènent des guerres contre des organisations terroristes islamistes ?

Quatre ans après les attentats du "13 Novembre", où en est la menace terroriste en France ?
Quatre ans après les attentats du "13 Novembre", où en est la menace terroriste en France ? © Getty / Pacific Press

Pour la communauté du renseignement, le groupe État Islamique n'est plus en mesure de fomenter aujourd'hui des attaques terroristes telles que celles du 13 novembre 2015, avec autant d'hommes arrivant par différentes routes pour frapper en Europe. 

La chute géographique du califat autoproclamé, la destruction quasi totale de son appareil de cyber propagande francophone, la forte baisse des revenus financiers de la contrebande du pétrole et autres marchandises (trésor de guerre malgré tout estimé encore aujourd'hui à 100 millions de dollars) et la mort d'un grand nombre de chefs de l'organisation - dont récemment le numéro un Abou Bakr Al Baghdadi -, ont fortement réduit les menaces potentielles qui pèsent sur les pays de la coalition internationale. 

Mais l'une des craintes des ces dernières semaines, confie un responsable de l'un des grands services de renseignement français, c'était de voir les Kurdes ne plus pouvoir tenir leurs positions dans les camps et donc que des prisonniers combattants de Daesh s'échappent, comme ce fut le cas dans le camp d'Ain Issa, où une dizaine de Françaises avaient pris la fuite avec plus de 800 autres djihadistes il y a près d'un  mois, en pleine offensive turque. Une menace désormais "sous contrôle".  

Menace d'installation en France d'ex-combattants étrangers de Daesh 

Parmi les différentes menaces recensées depuis les attaques terroristes du "13", un haut responsable du ministère de l'Intérieur évoque ces présumés ex-combattants étrangers de Daesh du Levant, qui ont réussi à s'installer en France, parfois sous le statut de réfugié. Ils se compteraient sur les doigts d'une main, des ressortissants d'origine syrienne, tchétchène ou encore tunisienne, comme cet homme interpellé le mois dernier. Selon nos informations, "il n'avait pas de projet en particulier, mais avec son entourage, ses contacts, il représentait une menace évidente et les magistrats antiterroristes l'ont placé en détention provisoire".    

Une menace "endogène" 

Mais pour les services de Sécurité Intérieure, il existe toujours de nombreux risques : que deviennent par exemple les Français partis en Syrie et en Irak (1 300 au total) et qui ont survécu aux combats et aux bombardements ? Une trentaine se trouveraient en Afghanistan selon le coordinateur national du renseignement à l'Elysée, Pierre de Bousquet de Florian. Quelques-uns seraient également au Sahel, mais aucun ne serait revenu en France sans passer par la case judiciaire et la prison (288 ont été mis en examen et placés en détention provisoire avant d'être jugés). 

En prison, on retrouve cet enjeu toujours majeur : la détection des détenus radicalisés et leur suivi, une fois leur peine exécutée. Actuellement, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) surveille 109 personnes, selon nos informations. 

Les services de renseignement intérieur, le Service Central du Renseignement Territorial (qui inclut les cellules départementales du renseignement de la Gendarmerie) et le service pénitentiaire, assurent le suivi effectif de 8 954 personnes inscrites au FSPRT, le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. 

La nouvelle loi (SILT), adoptée après la fin de l'état d'urgence, permet aujourd'hui aux  policiers et aux gendarmes de procéder à des visites administratives domiciliaires ; 141 ont été réalisées depuis un an et demi. Elles ont permis à ce jour l'ouverture de plus de 40 enquêtes judiciaires pour apologie ou recel d'apologie du terrorisme. Les assignations à résidence ont été remplacées par des "micas", des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance . 204 "micas" ont été mises en oeuvre depuis l'adoption de la loi SILT le 30 octobre 2017, en grande majorité par la DGSI et 62 sont actuellement  en vigueur. 

Enfin, se produisent toujours des attaques individuelles, on l'a vu ces derniers mois à Lyon, à Paris, près de Marseille, d'individus aux motivations complexes, faites de frustrations, de vengeance, parfois de problèmes psychiatriques lourds et qui sont sans lien direct avec les organisations terroristes islamistes actuelles. Ce qui pose régulièrement des problèmes de qualification aux enquêteurs et aux magistrats.

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