Ces militants étaient jugés ce mardi pour des dégradations sur douze commerces, dont plusieurs boucheries, cet hiver dans le département du Nord. Le jugement sera rendu le 8 avril.

La vitrine de cette boucherie du centre de Lille a été brisée, dans la nuit du 14 au 15 mai 2018 par des militants antispécistes
La vitrine de cette boucherie du centre de Lille a été brisée, dans la nuit du 14 au 15 mai 2018 par des militants antispécistes © Radio France / François Cortade

Devant une salle comble, la présidente du tribunal a tenu à mettre les choses au clair. "On n'est pas ici pour débattre de la cause animale, même si le sujet ne manque pas d’intérêt". Néanmoins, les mots "cause", "lutte" reviennent sans cesse dans la bouche des quatre prévenus. 

"On voulait donner de la visibilité à notre cause", se justifie Cyrile, 23 ans, médiateur social. Le teint pâle sous des cheveux coupés ras, il a reconnu tous les faits au cours de sa garde à vue. L’incendie du Burger King de Marcq-en-Baroeul, dans la nuit du 27 au 28 décembre, "c’était mon idée", dit-il.

Au total, douze établissements ont été visés dans la métropole lilloise mais aussi à Norrent-Fontes et Dunkerque.

La plupart du temps, Cyrile agit avec Mathilde, 29 ans, frêle auxiliaire puéricultrice domiciliée à Roubaix. Ensemble ils taguent, brisent les vitres, ou tentent parfois de mettre le feu à une série de boucheries, restaurants, et un magasin de prêt à porter. Une fois, ils sont accompagnés d’Eva, 33 ans. Le rôle de la quatrième prévenue, Johanna, a été de fournir les bidons destinés à transporter l’essence utilisée pour les départs de feu. 

Les prévenus ont exprimé leurs regrets

Certaines enseignes sont visées à plusieurs reprises. "Y avait-il une logique, une forme d’acharnement ?", demande la présidente. Cyrile bredouille que non et assure n’avoir voulu faire que des dégâts matériels.

Il fait part ses remords. Les cinq semaines passées en détention provisoire l’ont fait réfléchir. "Désormais je ne me vois plus dans la destruction, plutôt dans la création". Mathilde elle, veut continuer à militer, mais promet "de ne plus mettre le feu". "Ça laisse le champ ouvert à tout un panel d’actions plus ou moins légales", observe la présidente.

Deux témoins sont appelés à la barre. Le premier est Thomas Lepeltier, essayiste spécialiste de la cause animale et de l’antispécisme, qu’il définit devant le tribunal. _"Le spécisme est l’idée selon laquelle le sort des animaux dépend d’une décision arbitraire liée à leur espèce. La vie humaine est sacrée alors qu’il n’y a pas de problème à tuer ou maltraiter des animaux_. L’antispécisme s’élève contre cet arbitraire".

Entendue à son tour, la militante antispéciste Virginia Markus déclare que "la violence matérielle n’a rien de comparable avec celle que les animaux vivent au quotidien".

De la prison ferme requise

Reste que pour le procureur, les faits sont "graves, par leur nombre et leur réitération". "Seule l’interpellation des suspects a permis de faire cesser ces agissements" martèle-t-il.

Il a requis 6 et 10 mois de prison ferme contre Mathilde et Cyrile, et du sursis pour les deux autres prévenues. Le tribunal correctionnel de Lille rendra sa décision le 8 avril.    

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