Selon Nicolas Sarkozy, Claire Thépaut est une magistrate partiale. Membre du syndicat de la magistrature, interrogée par Mediapart, c'est l'une des deux juges (avec Patricia Simon) qui a mis en examen Nicolas Sarkozy. Elle est aujourd'hui dans l’œil du cyclone. Pourtant quand on regarde de près sa biographie...

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Son appartenance au Syndicat de la magistrature

le syndicalisme dans la magistrature mis en cause par henri guaino
le syndicalisme dans la magistrature mis en cause par henri guaino © reuters

Cette jeune femme d’une quarantaine d’années est adhérente du Syndicat de la magistrature, elle n'y a jamais exercé de fonction de direction. Elle a été correspondante de son syndicat au tribunal de Bobigny, où elle était en poste comme vice-présidente chargée de l'instruction.

En tant que membre de base du syndicat, elle n'est pas l'auteur, ni même une signataire d’une lettre ouverte du Syndicat de la magistrature appelant à voter contre Nicolas Sarkozy, pas plus qu'elle n'est responsable du "mur des cons" découvert dans les locaux du syndicat. Tout magistrat a le droit d'adhérer au syndicat de son choix.

Ses prises de position publiques

Contrairement à ce qui a pu être dit, elle n'est l'auteur d'aucune "tribune" anti-sarkozyste. Son nom apparaît dans deux reportages, réalisés par Le Parisien et par Mediapart, en 2011 et 2012, au tribunal de Bobigny, où Claire Thépaut était alors en poste à l'instruction. Dans le reportage de Michel Déléan pour Mediapart, réalisé au lendemain de l'élection de François Hollande, elle déplore le manque de moyens de la justice. Interrogée sur ce qu'elle attend de cette alternance, voici ses propos, tels que retranscrits par le journaliste :

Ce qui est certain, c'est que nous aspirons tous à retrouver du calme, de la sérénité et de la confiance [... Puisque la Seine-Saint-Denis est devenue le symbole de la délinquance urbaine, raison de plus pour que l'on nous accorde du respect et des moyens. Être taxés de juges rouges quand on ne fait qu'appliquer les textes de loi, ce n'est pas normal. Certains ont voulu nous opposer aux policiers, alors qu'ils sont performants et qu'ils travaillent.

Les conditions de sa nomination au TGI de Paris en juillet 2012

Claire Thépaut a été nommée à ce poste par décret du président de la République, publié au JO, comme pour tous les magistrats. Ce décret de 33 pages comprend des centaines de noms de magistrats de toute la France, qui ont changé de poste à ce moment-là.

  • Est-ce une promotion ? Claire Thépaut quitte la vice-présidence de l'instruction à Bobigny pour le même poste à Paris. Quatre autres magistrats sont nommés en même temps qu'elle avec ce même titre, l'un d'eux vient comme elle de l'instruction à Bobigny.

  • Le timing est-il suspect ? Pour un décret publié en juillet 2012, Claire Thépaut a candidaté à ce poste à l'automne 2011, avant de voir son nom affiché dans la "transparence" en mars 2011 (c'est la liste des projets de mutation des magistrats, publiée deux fois par an par la chancellerie). Ces nominations sont ensuite toutes validées par le Conseil Supérieur de la Magistrature, ce qui a été fait en mai 2012. La mutation de Claire Thépaut a donc été décidée avant l'élection présidentielle.

Sa carrière : une magistrate "sérieuse, carrée"

1997 : Claire Thépaut a débuté au parquet à Lille, au sortir de l'Ecole Nationale de la Magistrature.

1999 : elle est nommée au tribunal de Bobigny, juge chargée du service du tribunal d'instance de Pantin.

2002 : elle reste à Bobigny mais passe à l'instruction.

2007: Claire Thépaut est nommée à Nanterre, vice-présidente à l'application des peines.2009 : elle revient à l'instruction à Bobigny, cette fois avec le titre de vice-présidente.

2012 : elle est nommée avec le même titre à Paris. Claire Thépaut est d'abord affectée au pôle de santé publique, où elle enquête aux côtés de deux autres juges sur l'affaire du Mediator puis au pôle financier. Avec les juges Daïeff et Tournaire, elle est en charge de l'enquête sur l'arbitrage Tapie-Crédit Lyonnais . Claire Thépaut traite aussi de dossiers plus spécifiquement financiers, l'affaire des prêts en francs suisse de la BNP-Parivas (Helvet Immo), et l'enquête sur les exilés fiscaux de la HSBC . D'après un magistrat l'ayant côtoyée à Bobigny, Claire Thépaut est une magistrate "sérieuse, carrée, pas du tout connue pour avoir des méthodes particulièrement autoritaires".

Sarkozy et les juges
Sarkozy et les juges © Radio France
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