INFO FRANCE INTER - La nouvelle commission interministérielle, censée examiner les cas de fonctionnaires soupçonnés de radicalisation, va se pencher prochainement sur le cas d'un agent de la préfecture de police de Paris ayant fait l'objet d'un signalement.

Le 3 octobre 2019, Mickaël Harpon tuait quatre fonctionnaires au sein de la préfecture de police de Paris.
Le 3 octobre 2019, Mickaël Harpon tuait quatre fonctionnaires au sein de la préfecture de police de Paris. © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

C'est un dossier sensible sur lequel va devoir statuer la nouvelle commission interministérielle, mise sur pied pour évaluer les cas de suspicion de radicalisation dans la fonction publique. Le premier dossier pour lequel elle a été saisie concerne un agent administratif de la préfecture de police de Paris. C'est là qu'il y a quatre mois, un autre agent administratif, Mickaël Harpon, tuait quatre de ses collègues

Un incident à l'accueil d'un commissariat de Seine-Saint-Denis

D'après nos informations, la fiche de l'agent administratif transmise à la commission, précise que celui-ci "est apparenté à l'un des tueurs du Bataclan", par son épouse. Ce fonctionnaire, non armé, était en poste à l’accueil dans un commissariat situé dans le sud de la Seine-Saint-Denis, laquelle dépend de la préfecture de police de Paris. C’est un incident qui aurait incité sa hiérarchie à faire un signalement. "Un jour, alors qu'il était à l'accueil, il n'a pas fait remonter comme il aurait fallu un signalement sur un possible départ en Syrie", confie à France Inter un commissaire en poste dans le département au moment des faits. 

Par ailleurs, l'agent "refusait d'être dans un bureau avec des femmes", poursuit le commissaire. "Il demandait à se retirer pendant une heure pour faire sa prière, il portait une trace sur le front quand il revenait. On a su très vite qu'il fréquentait deux mosquées très rigoristes du département." L'agent s'est finalement mis en arrêt maladie. "Il était dépressif. C’est très compliqué. Tout le monde était au courant de son lien familial dans ce commissariat. Ce serait vite devenu ingérable". 

Surveillance "très serrée"

Le dossier fait l'objet depuis trois ans d'une surveillance "très serrée" par le renseignement intérieur. Pour autant, son dossier n'a jamais été transmis au parquet national antiterroriste. D'après nos sources, c'est le signe que le fonctionnaire ne présente pas d'indice de radicalisation violente, d'apologie du terrorisme, ni de liens avec une organisation terroriste. 

Il n’en reste pas moins que ce cas pose, pour la première fois, concrètement, le problème d’une radicalisation religieuse dans l’exercice du métier de fonctionnaire au sein du ministère de l’Intérieur. C’est pour ce genre de situation particulière qu’a été adopté récemment l’article 114.1 du code de la sécurité intérieure. Il permet de s’appuyer sur des enquêtes administratives pour des soupçons, y compris dans la sphère privée, de radicalisation religieuse qui entrerait en contradiction avec les valeurs républicaines et l’exercice de certaines fonctions dans la police ou la gendarmerie.

L'agent risque la radiation

Dans le commissariat concerné, où nous nous sommes rendu, on confirme la problématique posée par cet agent mais aucune des personnes présentes au moment des faits n’a eu de nouvelles depuis trois ans. Une source proche du dossier assure que si cet agent n'avait pas été mis en arrêt maladie longue durée, il aurait été suspendu et renvoyé devant un conseil disciplinaire en vue d’une probable révocation. Là, avec la saisie de la nouvelle commission interministérielle sur les cas de personnes signalées pour radicalisation, il risque une radiation. 

Le haut gradé avec lequel nous nous sommes entretenus, s'interroge néanmoins sur la conduite à tenir dans ces situations. "À part un signalement, on ne sait pas ce qu'on peut faire. Est-ce que l'on peut vraiment suspendre un policier parce qu’il est musulman ? Que dit la jurisprudence ? On ne le sait pas vraiment en fait... Mais peut-on prendre le moindre risque dans une profession comme la nôtre ?  Même s'il y a un risque sur 1 000 qu'il passe à l'acte, je ne nous vois pas le prendre". 

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