Un collectif de juristes a décidé d’attaquer devant le conseil d’État ce lundi à 14 heures, une circulaire du Premier ministre de 2018 qui interdit l’écriture inclusive et le point médian pour tous les actes administratifs devant paraître au Journal Officiel.

Une circulaire de Matignon interdit l’écriture inclusive et le point médian. Un collectif de juristes a décidé d’attaquer la circulaire devant le conseil d’État
Une circulaire de Matignon interdit l’écriture inclusive et le point médian. Un collectif de juristes a décidé d’attaquer la circulaire devant le conseil d’État © Maxppp / Alexis Sciard

Entretien avec l'avocat Benjamin Pitcho, pour qui cette circulaire tendrait à "invisibiliser" les femmes.

FRANCE INTER : Qu'est-ce qui vous a poussé à attaquer une circulaire du Premier ministre adressée aux administrations ?

Maître Benjamin Pitcho : "On a attaqué pour deux raisons principales : la première c’est que ce recours contre la circulaire qui interdit l’écriture inclusive est un recours de défense de la langue française. On a souhaité défendre la liberté pour chacune et chacun de s’exprimer comme elle et il le souhaite, que ce soit avec un point médian, que ce soit avec une règle quelconque, mais pour que tout le monde puisse apparaître dans notre langage, dans notre grammaire et notre syntaxe.

Le deuxième point est lié au fait de permettre l’apparition des femmes dans notre langage puisque l’on sait très bien que le langage structure notre monde et que si on fait disparaître les femmes de notre langue, on va les faire faire disparaître de notre espace public, des postes à responsabilité et, in fine, de notre monde."

FRANCE INTER : Comment est-ce que vous réagissez face aux préjugés, aux clichés qui sont liés à l’écriture inclusive et au point médian ?

Maître Benjamin Pitcho : "Le pire cliché aujourd’hui est celui qui consiste à comparer la littérature à l’écriture avec le point médian. Il est évident que les auteurs, poètes et autres du temps passé ont écrit comme ils ont écrit, c’est respectable et qu’il ne s’agit pas de modifier cela. En revanche, la technique du point médian a une utilité incontestable, surtout pour le langage administratif. Quand on publie une vacance pour un poste dans l’administration, on n’est pas en train de faire du Rimbaud, on n’est pas en train de faire du François Villon, ne mélangeons pas tout. Il s’agit d’un recours qui vise à la subtilité de notre langue. C’est ce qui permet justement d’avoir plusieurs niveaux de langue. Il y a le langage poétique, il y a le langage parlé, le langage administratif, ils cohabitent tous et le point médian est parfait pour le niveau administratif."

FRANCE INTER : Comment vous y êtes-vous pris pour un tel recours devant le conseil d’État ?

Maître Benjamin Pitcho : "Par divers moyens juridiques : notamment par celui qui soulève un problème de séparation des pouvoirs. Aujourd’hui, avec cette circulaire, on interdit la publication d’un acte administratif au journal officiel qui utilise le point médian. C’est-à-dire que si le parlement, par exemple, veut voter une loi qui utilise le point médian, on ne pourra pas en assurer la publication au J.O. C’est un vrai problème de constitutionnalité, c’est un problème de séparation des pouvoirs."

FRANCE INTER : Cela concerne le Défenseur des droits aussi ?

Maître Benjamin Pitcho : "Y compris toute autorité administrative indépendante. Nous avons trouvé des décisions du Défenseur des droits qui utilisent la technique du point médian. Demain, le Défenseur des droits ne pourrait plus publier ces décisions au journal officiel.  

FRANCE INTER : Ce recours s’exerce devant le Conseil d’État qui n’est pas un modèle d’écriture inclusive avec le point médian…

Maître Benjamin Pitcho : "Il y a un problème avec toutes les autorités administratives aujourd’hui. Il y a malgré tout dans la circulaire une volonté de féminiser les fonctions, Madame la professeure par exemple ou Mme la présidente quand il s’agit d’une juridiction. Le souci c’est que nous voyons bien que certaines juridictions administratives ou judiciaires ne féminisent pas systématiquement. Donc cette circulaire, dans son seul aspect positif, n’est pas mise en œuvre aujourd’hui. C’est un vrai problème. C'est bien pour cela qu'il faut en obtenir l’annulation, l’abrogation."

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