3 000 policiers et gendarmes sont aux trousses de Redoine Faïd, au lendemain de sa spectaculaire évasion de la prison de Réau, à bord d'un hélicoptère, avec trois complices munis d'armes de guerre. Retour sur le parcours de ce multirécidiviste avec celui qui l'a traqué lors de sa dernière cavale, Bernard Petit.

Dernière trace laissée par Redoine Faid, un véhicule abandonné à Aulnay-sous-Bois.
Dernière trace laissée par Redoine Faid, un véhicule abandonné à Aulnay-sous-Bois. © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Toutes les polices sont mobilisées : polices municipales et nationale, agents de la sécurité publique et enquêteurs judiciaires, CRS, et, bien sûr, police aux frontières. Les gendarmes sont aussi en alerte maximale, dans le cadre du plan national de recherches pour retrouver Redoine Faïd, le braqueur le plus traqué de France, depuis son évasion tellement spectaculaire, à bord d'un hélicoptère détourné par ses complices lourdement armés.

La dernière fois que ce caïd s'était fait la belle, c'était en 2013, trois ans après le braquage qui avait mal tourné et la fusillade lors de laquelle la jeune policière Aurélie Fouquet avait été tuée. En 2013, Redoine Faïd avait fait sauter à l'explosif des portes de la prison de Lille-Sequedin. Et il avait tenu six semaines dans la nature, avant d'être rattrapé par l'enquête minutieuse des hommes de la brigade nationale de recherches des fugitifs et de la BRI.

A l'époque, Bernard Petit était sous-directeur de la lutte contre le crime organisé et, à ce titre, il avait dirigé la traque contre Faïd. Un homme qu'il place dans la catégorie des "beaux mecs", c'est-à-dire un "beau braqueur, qui pèse lourd, sans aucune connotation admirative". 

C'est un garçon qui appartient au grand banditisme, et qui naturellement a développé un savoir-faire à la fois dans ses attaques, mais aussi dans la façon d'éluder les services de police. Ce qui le rend difficile à traquer.

"La traque pour nous, a été assez longue. Elle a pris plus de un mois à temps plein, avec la Brigade nationale de recherches des fugitifs et la BRI, on a remonté un fil pour arriver jusqu'à Redoine Faïd, et c'est comme ça qu'on a procédé un matin très tôt à son interpellation, dans un hôtel de Pontault-Combault", explique Bernard Petit, désormais à la retraite, qui vient de sortir un livre intitulé Secrets de flics, aux éditions du Seuil. 

L'ancien policier explique : "Il y a deux temps dans une traque de ce genre : remonter jusqu'à l'objectif et l'interpeller."

"Remonter jusqu'à l'objectif c'est quelque chose de longue haleine, à temps plein, et ça demande un grand savoir-faire. La deuxième phase, c'est celle de l'interpellation. A Pontault-Combault, on n'a pris aucun risque. Parce que l'intéressé, on le savait, faisait attention à tout : au va-et-vient dans la résidence de l'hôtel, aux claquements de portières, aux bruits de voiture… C'est vraiment un garçon extrêmement méfiant. La colonne d'assaut est parvenue à la maîtriser en quelques dixièmes de seconde dans sa chambre, sans qu'il puisse bouger une oreille."

Faïd "fourgonnier"

Sera-t-il possible d'interpeller sans effusion de sang Redoine Faïd, de nouveau en cavale ? "Oui", répond Bernard Petit, qui rappelle que le braqueur multirécidiviste n'a jamais été accusé de tirer directement. Mais ses complices, très déterminés, peuvent réagir différemment, selon l'ancien policier, qui souligne aussi que lors du braquage raté et de la fuite de Faïd en 2010, la policière Aurélie Fouquet avait été prise dans des échanges de tirs mortels.

Interpeller une nouvelle fois Redoine Faïd sera d'autant plus complexe qu'il "apprend de ses échecs, visionne en boucle des films, sur les attaques ratées, réussies, sur les arrestations… À chaque fois, il adopte un comportement adéquat pour éluder l'action des services spécialisés", dit Bernard Petit.

"Redoine Faïd, il commence voleur, il finit braqueur, du coup il passe du monde des cités au monde du grand banditisme, et finalement il se spécialise sur les fourgons, c'est son truc. Il rentre dans le clan de ce qu'on appelle dans notre jargon les "fourgonniers". Ils sont très peu nombreux en France. On est face à des gens qui sont dans un mode de prédation rapide, violent, et il est entouré – il a toujours été entouré – du même type de prédateurs que lui, même s'il domine par son charisme.

Une histoire de "famille" ? 

Ce qui est vraisemblable, c'est que ce sont des gens avec qui il est en cheville, qui ne l'ont pas abandonné, qui continuent de penser à lui, qui font partie de son équipe ou qui ont un cousinage avec lui, voire un lien familial.

"La vraie question après, c'est : est-ce qu'il va se mettre en cavale, c'est-à-dire qu'il va partir à l'étranger très loin se faire oublier parce que c'est trop chaud pour lui, ou est-ce qu'il est capable de reconstituer une équipe ? Et a priori, il peut la reconstituer, parce qu'il a quand même trouvé des gens de grande qualité qui sont venus le libérer, pour recommencer une action violente de façon à faire un peu d'argent avant de se mettre en cavale."

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