Coup de théâtre dans l'affaire Carlos Ghosn : l'ex-PDG de Renault-Nissan est arrivé dimanche soir au Liban, un développement inattendu pour le magnat déchu de l'automobile jusque-là assigné à résidence au Japon où il attendait son procès.

Carlos Ghosn, réfugié à Beyrouth, dénonce la "justice partiale" du Japon, basée sur la "présomption de culpabilité"
Carlos Ghosn, réfugié à Beyrouth, dénonce la "justice partiale" du Japon, basée sur la "présomption de culpabilité" © AFP / Ludovic MARIN

Dans la nuit de lundi à mardi, Carlos Ghosn a lui-même confirmé être au Liban, où il a retrouvé son épouse. L'ex-PDG du géant automobile Renault-Nissan a expliqué avoir fui un système judiciaire japonais basé sur l'injustice. Depuis son arrivée, il a été aperçu dans les rues de Beyrouth, après avoir atterri dimanche soir dans un avion en provenance de Turquie, et après un voyage dont les circonstances restent floues. 

Selon la chaîne de télévision publique japonaise NHK, il aurait même voyagé sous un autre nom, au moins jusqu'en Turquie. De plus, si les conditions de résidence surveillée imposées par la justice japonaise étaient très contraignantes pour lui, elles avaient tout de même été allégées ces derniers mois : Carlos Ghosn avait notamment la liberté de circuler à l'intérieur du Japon, ce qui aurait pu faciliter son départ.

Dans le communiqué rédigé par ses soins et diffusé par son entourage, l'ex-PDG explique qu'il n'a pas "fui la justice mais qu'il s'est libéré de l'injustice et de la persécution politique", et dénonce un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité : "Je peux enfin communiquer librement avec les médias, ce que je ferais dès la semaine prochaine". 

Ce dernier devrait tenir une conférence de presse dans les prochains jours à Beyrouth. Carlos Ghosn, qui a la nationalité libanaise, est ainsi relativement tranquille dans les rues de ce pays où il n'y a aucun accord d'extradition avec le Japon, et où l'ex-PDG possède une villa, et jouit d'appuis politiques très forts.

Une "surprise totale" pour son avocat japonais

"C'est une surprise totale, je suis abasourdi", a déclaré aux médias son principal avocat japonais, Junichiro Hironaka, affirmant ne pas avoir été contacté par son client et avoir appris "par la télévision" qu'il avait fui le Japon où il est sous le coup de quatre inculpations pour malversations financières. Les avocats de Carlos Ghosn détiennent toujours les trois passeports de l'ancien président de Renault et Nissan et il n'a pas pu les utiliser pour quitter le Japon, a déclaré Hironaka mardi à Tokyo, avant d'ajouter que la conduite de son client était "inexcusable".  L'avocat, dont les déclarations étaient retransmises en direct par la chaîne de télévision NHK, a confirmé que les avocats de l'homme d'affaires détenaient ses passeports français, brésilien et libanais, comme le prévoient les conditions de son placement en résidence surveillée.  

Rien dans son attitude ces derniers jours ne laissait supposer qu'il allait quitter le Japon, selon plusieurs personnes qui l'ont récemment côtoyé.  "Il continuait à préparer son procès lors de nos réunions régulières", a également assuré son avocat. Après son arrestation, le 19 novembre 2018 à Tokyo, ses avocats et sa famille ont vivement dénoncé ses conditions de détention et la façon dont la justice japonaise mène la procédure dans ce dossier.  Il avait été libéré sous caution fin avril, mais sous de strictes conditions: il lui était notamment interdit de voir ou contacter sa femme Carole.  Mi-novembre, il avait pu lui parler à distance, par vidéoconférence, pour la première fois depuis près de huit mois.  Quelques jours plus tôt, ses enfants avaient réclamé un procès "équitable" pour leur père dans une tribune publiée sur le site de la radio publique française Franceinfo.  

Selon ses défenseurs et son équipe de communication, Carlos Ghosn demandait "la levée totale" des différentes interdictions qui pesaient sur lui, les jugeant "excessives, cruelles et inhumaines, et afin que soient respectés ses droits fondamentaux ainsi que ceux de son épouse".  Celui qui avait été salué comme "le sauveur de Nissan" après son arrivée dans le groupe japonais en 1999 a passé au total 130 jours en prison entre novembre 2018 et avril 2019, en cumulant garde à vue et détention provisoire.   

Celui qui fut le chef d'entreprise le mieux payé au Japon fait l'objet de quatre inculpations dans ce pays : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (qui est aussi poursuivi sur ce volet), et deux autres pour abus de confiance aggravé.  Le dirigeant franco-libano-brésilien a été éjecté de ses sièges de président de Nissan et de Mitsubishi Motors (3e membre de l'alliance) dans les jours suivant son interpellation il y a 13 mois. Il a ensuite démissionné de la présidence de Renault, avant même que d'autres investigations ne soient menées en France à son encontre.    

Un "complot" de la part de Nissan

Depuis le début de l'affaire, Carlos Ghosn dénonce un "complot" de la part de Nissan pour empêcher un projet d'intégration plus poussée avec Renault.  Lors d'une audience préliminaire en octobre, sa défense a demandé l'annulation des poursuites intentées contre lui au Japon, accusant les procureurs de collusion avec son ancien employeur japonais pour le faire tomber. Les conditions de liberté de l'ex-PDG de Renault-Nissan précisaient que ses passeports étaient gardés par ses avocats, garants du respect des règles imposées par la justice à son égard. 

Carlos Ghosn, de polytechnique à ses démêlés judiciaires avec la justice japonaise
Carlos Ghosn, de polytechnique à ses démêlés judiciaires avec la justice japonaise © Visactu / Visactu
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