Le procureur Gérard Aldigé
Le procureur Gérard Aldigé © Dominique Lemarié

C’est un procureur ému qui a estimé hier, comme il l’avait fait il y a deux ans à l’issue de l’instruction, que les accusations de trafic d’influence ne tenaient pas. Gérard Aldigé s’est défendu de tout soupçon de soumission envers la puissance politique.

« Ce n’est pas une séance de rattrapage », par rapport au premier procès Bettencourt qui s’est tenu il y a un mois, commence Gérard Aldigé. Ce premier dossier, d’abus de faiblesse et blanchiment de fraude fiscale notamment, sera tranché le 28 mai. Le procureur tente d’évacuer la question du financement politique, qui n’a pas pu être établi par les juges, mais que le président du tribunal correctionnel de Bordeaux, Denis Roucou, a tenté de ramener dans les débats… ce qui a donné lieu à des échanges un peu vifs entre les deux magistrats.

Pour le procureur Patrice de Maistre est « un intrigant » : «ça le valorisait d’employer la femme d’un ministre ». Néanmoins « sa carrière le rendait éligible à l’attribution de la légion d’honneur », avant que l’on ne découvre qu’il avait caché les comptes suisses des Bettencourt.

Quant à un pacte de corruption entre le gestionnaire de fortune et Eric Woerth, une décoration en échange d’un poste pour son épouse, le procureur estime qu’il s’agit d’une « construction intellectuelle ». Plusieurs éléments à l’appui. Un autre candidat a failli être recruté pour la gestion de fortune des Bettencourt, alors qu’Eric Woerth avait déjà recommandé de Maistre pour la distinction. Eric Woerth prend la plume le 12 mars, le 15 mars sa femme va voir le gestionnaire de fortune. Cette concordance de dates était un élément clé de la démonstration des juges. Le procureur rappelle que Florence Woerth ce jour là ne vient pas discuter d’un poste, mais vendre des placements financiers, elle est accompagnée par un collègue de son ancienne banque qui a témoigné cet après-midi.

Et Florence Woerth, « doit-on la ravaler au rang d’épouse de tel homme politique ayant remis un rapport bourré de fautes d’orthographes ? ». Les oreilles de Xavière Tibéri peuvent siffler. Florence Woerth, qui trouve « insultant » d’entendre qu’elle aurait été embauchée pour « faire plaisir » à son mari, a sans doute été au cours de ce procès sa meilleure défense.

Le procureur, visiblement ému, a terminé par un plaidoyer pro domo. Gérard Aldigé s’est dit meurtri par certains articles de presse qui ont mis en doute son indépendance. Il conclut : « le parquet n’est pas le bras armé, servile des puissants du moment ».

A suivre aujourd’hui : les plaidoiries de la défense.

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