C'était une des prisons les plus délabrées de France : quatre ans de travaux plus tard, avec la mobilisation de centaine d'ouvriers, elle s'apprête à "rouvrir" à l'automne.

Une des coursives de la nouvelle prison de la Santé, plus claire, plus large, plus propre
Une des coursives de la nouvelle prison de la Santé, plus claire, plus large, plus propre © Radio France / Mathilde Lemaire

Alors que cet énorme chantier de plusieurs dizaines de millions d'euros s'achève, nous avons pu visiter la nouvelle maison d'arrêt de la Santé, seule prison parisienne. Elle accueillera dans quelques mois au moins 800 détenus, tous des détenus parisiens.

La prison de la Santé, inaugurée en 1867 en périphérie de Paris, est aujourd'hui avec le développement de la ville au cœur du XIVe arrondissement. Impossible donc de l'agrandir, c'est la première contrainte. La deuxième ce sont les carrières et catacombes classées en sous-sol. Dernière difficulté : il fallait garder ouvert, pendant les quatre ans de travaux, le quartier de semi-liberté, avec une centaine de détenus qui sortent la journée mais rentrent dormir là la nuit.

Finalement cette prison historique derrière ses hauts murs d'enceinte a été en partie démolie, en partie rénovée, et partout remise aux normes.

La Cour d’honneur de la prison de la Santé, entièrement rénovée après 4 ans de travaux
La Cour d’honneur de la prison de la Santé, entièrement rénovée après 4 ans de travaux © Radio France / Mathilde Lemaire

Christelle Rotach la directrice, commence la visite par la cour d'honneur de l'établissement : "juste derrière, il y a encore la porte historique. Et sur la droite, la porte moderne, qui s'intègre parfaitement dans l'architecture ancienne." Dans l'architecture et dans l'Histoire : on en oublierait presque que dans cette cour, les condamnés à mort étaient exécutés avant l'abolition de la peine de mort en 1981.

"Pas question de casser les gens ou de les humilier"

Passées les serrures et les lourdes portes, des parloirs agrandis, une dizaine de cours de promenades avec toujours bien sûr des barbelés, mais aussi des espaces végétalisés et la place pour courir quelques mètres. Des coursives élargies donnent sur des cellules forcément toutes propres. 

Une des dix cours de promenade de la nouvelle Santé, avec des espaces végétalisés et plus d’espace
Une des dix cours de promenade de la nouvelle Santé, avec des espaces végétalisés et plus d’espace © Radio France / Mathilde Lemaire

Des cellules de 9,5 m² chacune, avec désormais des douches en cellule, du mobilier pour ranger les effets personnels, télévision, réfrigérateur et plaque chauffante. "La prison reste un lieu de privation de liberté", rappelle la directrice. "Il n'est pas question de casser les gens ou de les humilier par des conditions de détention qui ne seraient pas conformes aux standards du XXIe siècle."

Mais l'objectif d'un seul détenu par cellule (pourtant posé en France dans les textes depuis 1875) ne sera pas respecté, même dans cette prison toute neuve. La pression exercée par les autres prisons franciliennes, notamment Fresnes et Fleury-Mérogis, où le taux d'occupation est de 200 %, est trop forte.

La directrice de la Santé Christelle Rotach est donc déjà en train de commander des lits superposés à la place de lits simples. "Je préfère anticiper une surpopulation que de parer à l’urgence ensuite, en mettant des matelas à même le sol comme on le voit dans certains établissements", souligne-t-elle.

Prévenir et empêcher les évasions

Dans son discours, cette cadre de l’administration pénitentiaire qui a déjà accompagné l’ouverture de la prison des Baumettes 2 préfère insister sur les technologies dont dispose son établissement flambant neuf. Les évasions légendaires de la Santé, comme celles de Mesrine en 1978 ou celle de Michel Vaujour (dont l’épouse était venue le chercher pilotant elle-même un hélicoptère), ne seront par exemple plus possibles.

"On a tout un tas de système pour empêcher ces évasions, qui permettent par exemple de détecter les circulations dans les zones qui sont interdites", explique la directrice. "Mais aussi le brouillage des téléphones. Le pendant, c'est le développement de la téléphonie fixe dans chaque cellule." Le défi ? Brouiller les communications mobiles dans la prison sans brouiller celles des nombreux immeubles d'habitation tous proches. 

L’entrée d’un des nouveaux quartiers de la Santé, où les lieux ont été rénovés tout en préservant l’architecture de 1867
L’entrée d’un des nouveaux quartiers de la Santé, où les lieux ont été rénovés tout en préservant l’architecture de 1867 © Radio France / Mathilde Lemaire

Cyril surveillant pénitentiaire a travaillé dans l'ancienne Santé délabrée et s'apprête à participer à l'ouverture à l'automne : "on tourne la page, on passe à quelque chose de nouveau. L'architecture, la sécurité, les caméras partout... C'est beaucoup plus clair, et c'est quand même mieux que des locaux qui ont 200 ans. Mettre une douche en cellule, déjà rien que ça, ça fait des mouvements en moins et une meilleure qualité dans la gestion de la détention."

Tout le personnel est attendu dans les murs en septembre pour la vérifications complète des lieux et le rodage des procédures. L'arrivée des détenus est elle prévue à fin de l'année sans plus de précision. Dix détenus arriveront chaque semaine, pour une montée en charge progressive. 

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