Les avocats de la jeune touriste canadienne avaient déjà évoqué "un brouillard indescriptible de mensonges" : l'avocat général Philippe Courroye est allé plus loin, évoquant en parlant des policiers accusés une ambiance de "mâles dominants en rut". Il demande sept ans d'emprisonnement.

Le 36 quai des Orfèvres était l'ancien quartier général de la police judiciaire
Le 36 quai des Orfèvres était l'ancien quartier général de la police judiciaire © Radio France / Catherine Grain

Pas plus de deux, trois mètres séparent dans cette salle Emily Spanton de ceux qu’elle accuse… Et pourtant, après deux semaines de procès, ces deux, trois mètres forment aujourd’hui un océan infranchissable, tant leurs versions sont irréconciliables.

C’est par ces mots que l’avocat général, Philippe Courroye, commence son réquisitoire… Après avoir rappelé que le ministère public n’est pas, par posture, un "accusateur systématique", il explique que, comme dans un "dessin impressionniste", la somme des éléments du dossier l’inclinent à croire la plaignante, malgré ses imprécisions, sans doute dues à l’alcool et au cannabis. Elle a dénoncé immédiatement les faits, et avec constance dans les détails :  le verre de scotch que les policiers l’auraient forcée à boire, le bruit de l’emballage du préservatif qu’on déchire, celui d’un appareil photo. Et surtout, rappelle Philippe Courroye, elle n'a pas changé de version, désignant depuis le début, Nicolas R. et Antoine Q, comme ceux qui ont commis le viol dans les locaux de la BRI.

Sept ans de prison ferme requis

Philippe Courroye tourne au passage en dérision la version des policiers : leurs dénégations initiales, faites dit-il avec une "pudeur de gazelles"… Les rapports sexuels consentis qu’ils ont finalement admis, mais qui ne collent pas avec les traces ADN retrouvées. Car ce sont bien les policiers qui ont initié le contact, dans un pub irlandais, et dans une ambiance de "mâles dominants en rut".

"Je crois que le 'non' est une question qui ce soir là ne s’est même pas posée : ils ont voulu, ils se sont servis", assène le magistrat. "Ces policiers qui avaient un devoir d’exemplarité ont menti, dissimulé, et failli."

Il requiert donc sept ans d’emprisonnement, demandant aux jurés de prendre en considération le fait que les policiers sont insérés, qu’il n’y a pas de danger psychiatrique et que le risque de réitération est très faible.

Le verdict est attendu ce jeudi.

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