Dans une plaidoirie inhabituelle habillée d’une bonne trentaine de références philosophiques en tout genre, l’avocat des policiers s’adresse d’abord aux familles des victimes et leur adresse toute sa compassion, lui qui a comme elles, vécu le drame de perdre un enfant. « Quand toute une vie bascule, c’est la pire des choses qui soit, et ce n’est pas un procès, quelle qu’en soit son issue, qui calmera la douleur, seul le pardon efface le sang et les larmes ».

Me Daniel Merchat à invité le tribunal a ne pas tomber dans le piège de la simplification : « Résumer, c’est trahir, il n’y a pas ici les gentils et les méchants, le bien et le mal, les esprits libres et les petits soldats, les âmes en peine et les cœurs secs ». L’avocat ironise sur les rapports entre la police et les populations de Seine-Saint-Denis, « c’est la métaphore du hérisson, plus on tente le rapprochement, plus on se pique, jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il suffit de rabattre les épines ».

Puis après avoir cité Platon, Socrate, le procès de Justin, André Comte-Sponville, Philippe Bilger et même une chronique de Thomas Legrand (sur le phénomène de « house-of-cardisation » des esprits), Me Merchat attaque enfin le dossier, « cette affaire instrumentalisée pour l’élection présidentielle de 2007, qui a emporté mes clients dans la tourmente. Ils ont été présumés coupables pendant neuf ans à cause d’un raisonnement à l’envers : les gamins sont morts, donc ils étaient en danger, donc les policiers ne pouvaient pas ne pas savoir qu’ils étaient en danger, donc ils savaient. Mais ça ne tient pas : mes clients sont poursuivis pour non assistance à personnes qu’ils n’ont pas vues ». Me Merchat envisagera éventuellement une « légère erreur d’appréciation de son client Sébastien Gaillemin, mais certainement pas un délit. Il confie encore que dans une précédente vie, il était policier « à la tête de 18 000 hommes » et qu’il n’a pas souvent vu des fonctionnaires de la qualité de son client.

Et l’avocat conclut « Si j’étais policier, je serais fatigué d’entendre sans cesse les mêmes accusations, les mêmes injustices, j’en pourrais plus d’être aimé un jour et détesté le lendemain. Vous prononcerez la relaxe » demande t-il au tribunal, « 10 ans, ça suffit. Il n’y a pas suffisamment de charges dans ce dossier ».

Dans leurs dernières paroles avant que le tribunal se retire, les prévenus auront un mot pour les familles des victimes. « Je ne suis pas indifférente aux drames qui touchent vos familles » assure Stéphanie Klein, pendant que son collègue Sébastien Gaillemin leur exprime sa compassion. Le tribunal correctionnel de Rennes rendra son jugement le lundi 18 mai à 14 heures. Précisons qu’en cas de relaxe, le jugement serait définitif puisque les parties civiles ne pourraient pas faire appel.

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