INFORMATION FRANCE INTER - Neuf enfants de djihadistes ont atterri en France, ce mardi, avec leurs mères respectives, et une grand-mère. Les trois femmes djihadistes ont été interpellées par la DGSI. L’une d’elles est la nièce des frères Clain. Les enfants ont tous été placés auprès de l’Aide Sociale à l’Enfance.

L'épouse de Jean-Michel Clain, dans le camp de Al-Hol avec ses enfants, après la débâcle de Daech à Baghouz, lors de laquelle les frères Clain ont été tués.
L'épouse de Jean-Michel Clain, dans le camp de Al-Hol avec ses enfants, après la débâcle de Daech à Baghouz, lors de laquelle les frères Clain ont été tués. © AFP / Delil Souleiman

Ils sont neuf. Neuf enfants, âgés de 3 à 13 ans. Ils ont passé tous ensemble plusieurs années sous le califat de Daech, avec leurs parents. Leurs parents sont liés familialement. Ils étaient tous partis rejoindre le groupe Etat islamique en 2014, après avoir beaucoup gravité dans la nébuleuse islamiste toulousaine, autour des frères Merah et Clain. Cinq des neuf enfants qui ont atterri vers 7 heures, ce mardi matin, à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle sont d’ailleurs des petits-neveux et petites-nièces de Fabien et Jean-Michel Clain, les médiatiques djihadistes qui avaient enregistré la revendication des attentats du 13 novembre 2015. 

Une nièce des frères Clain de retour sur le sol français

Jennifer Clain, 28 ans, est la mère de cinq de ces enfants de retour en France. Jennifer Clain est l'une des filles d'Anne-Diana Clain, la soeur aînée de Fabien et Jean-Michel Clain, les frères si redoutés, désormais déclarés morts après une frappe de la coalition, en février dernier, lors de la débâcle de Daech, à Baghouz. Jennifer Clain est donc l'une des nièces de ces vétérans du djihad, qui ont si longtemps donné des sueurs froides aux services de renseignement. 

C'est en juillet 2019, que Jennifer Clain a été arrêtée, à la frontière turco-syrienne. Elle était alors activement recherchée par des magistrats antiterroristes français. Quand les soldats turcs l’ont interpellée, elle fuyait la Syrie, avec ses cinq enfants. Quelques semaines plus tôt, son mari et père de ses enfants, Kevin Gonot, avait été condamné à mort en Irak, pour avoir rejoint Daech. 

La DGSI a interpellé les femmes à la descente de l'avion

Quand elle a été interpellée à la frontière turco-syrienne, Jennifer Clain était avec sa belle-mère, Christine Allain, 61 ans. Elle était aussi accompagnée de sa belle-soeur, Maïalen Duhart, épouse du djihadiste Thomas Collange (demi-frère de Kevin Gonot), avec leurs quatre enfants. Ces trois femmes et les neuf enfants ont alors été immédiatement placés en centre de rétention, en Turquie, comme à chaque arrestation de famille de djihadistes, depuis des années. 

Et comme à chaque arrestation depuis 2014, et la signature d’un protocole avec la France, les djihadistes français sont systématiquement expulsés vers Paris, au bout de quelques semaines. Ainsi, Jennifer Clain et ses cinq enfants, la femme de Thomas Collange et ses quatre enfants, viennent de rentrer en France. La grand-mère, Christine Allain, était elle aussi dans l'avion retour, également visée par un mandat d'arrêt international. Comme à chaque retour de Turquie, la DGSI  était à l’aéroport, tôt ce matin, pour les interpeller. Elles ont été placées sous retenue, dans le cadre de leur mandat d'arrêt, avant d'être présentées dans la journée à un juge d'instruction antiterroriste, dans le cadre d’une enquête pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Le juge les a mises en examen ce soir.

Les neuf enfants ont été confiés à l'Aide Sociale à l'Enfance

Comme à chaque retour de zone de guerre irako-syrienne, les enfants, ont été séparés de leurs mères dès l'atterrissage et confiés par la justice à l’Aide Sociale à l’Enfance. C’est l’ASE de Seine-Saint-Denis qui va s’occuper de ces deux fratries. L’ASE 93 qui prend déjà en charge depuis plusieurs années, d’autres neveux et nièces des frères Clain. Des enfants mineurs d'Anne-Diana, qui est incarcérée en attendant son procès. Des enfants qui "ne posent aucun problème", selon plusieurs professionnels qui les entourent. Ces enfants, comme tous les "petits revenants" sont extrêmement encadrés, à la fois par des juges, des éducateurs, des psychologues, selon le protocole établi par le gouvernement d’Edouard Philippe.

Selon les derniers chiffres officiels, plus de 900 djihadistes ont été judiciarisés en France pour avoir rejoint le groupe État islamique. Un tiers d’entre eux, est présumé mort sur place. Un autre tiers, est déjà rentré. Quant aux enfants, emmenés par leurs parents sous le califat de Daech, ils sont désormais plus de 130 à être rentrés. L’écrasante majorité d’entre eux a moins de cinq ans. 

D'autres enfants français encore en territoire syrien

Les deux fratries d’enfants de djihadistes qui viennent d’arriver à Roissy ce mardi matin, ont donc été expulsées par les autorités turques. En juin dernier, une autre famille de djihadistes français avait aussi été expulsée de Turquie, avec neuf enfants. Au Kurdistan syrien, en revanche, la politique menée par la France reste très différente. Seuls une quinzaine d’orphelins, ont été rapatriés par la France, en mars puis en juin, ainsi que deux enfants dont la mère djihadiste avait accepté le retour depuis le camp de Roj. 

A Roj, al-Hol et Aïn Issa, plusieurs dizaines d’autres enfants français restent "prisonniers des choix de leurs parents" regrettent plusieurs avocats. Parmi eux, maîtres Marie Dosé, Henri Leclerc, Gérard Tcholakian, Martin Pradel, William Bourdon, Vincent Brengarth ne cessent de se mobiliser pour réclamer leur rapatriement. La semaine dernière, maître Dosé a porté plainte contre le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, pour "omission de porter secours". Ce mardi, la Commission Consultative des Droits de l'Homme, généralement écoutée par le gouvernement, se prononce à son tour sur la situation des enfants dans ces camps. Selon nos informations, elle souhaite leur rapatriement, comme l’avait réclamé en juin le Défenseur des Droits Jacques Toubon, au nom de l’égalité entre les enfants français. La CNCH rendra publics ses arguments, mercredi.  

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