Les CRS eux aussi ont protesté, mercredi, contre la disparition de leur régime spécifique de retraite. À défaut d'avoir le droit de faire grève, nombre d'entre eux se sont déclarés absents pour raisons de santé, soucieux de défendre une spécificité qu'ils voient comme une compensation aux risques de leur métier.

"Cela n'est pas du tout encourageant pour la suite, ne nous rassure pas" estime un CRS.
"Cela n'est pas du tout encourageant pour la suite, ne nous rassure pas" estime un CRS. © AFP / Philippe Lopez

"Une épidémie" ironisaient les syndicats de policier, ce mercredi, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites, alors que les compagnies de CRS étaient décimées par des absences pour maladie. Ce mal mystérieux, qui a duré le temps d'une journée, trouve son origine dans l'appel d'une intersyndicale à invoquer des questions de santé pour cesser le travail, à défaut de pouvoir faire usage du droit de grève, interdit chez les policiers.

À en croire les organisations syndicales, la contagion a été forte dans toutes la France, avec 800 absences comptabilisées. Certains CRS ont choisi de se faire prescrire un arrêt maladie, d'autre de se déclarer "consultants", comprenez, "absent pour aller consulter un médecin".

Les organisations représentatives des policiers s'inquiètent notamment de la disparition l'année de bonification enregistrée tous les cinq ans, dans la limite de 25 années d'exercice (au bout de 25 ans, le policier comptabilise donc, en réalité, trente années de carrière). Or, même si elle peut sembler lointaine en début de carrière, cette perspective de départ (relativement) précoce a pesé dans le choix de certains d'exercer cette profession, à l'image de ce CRS, dont nous tairons le nom en raison du devoir de réserve : "Lorsque l'on rentre dans le métier de policier, nous en connaissons, dans les grandes lignes, les difficultés, savons ce qui nous attend. Ce n'est pas un métier de tout repos, il y a des dangers, de la pénibilité, mais, lorsque nous avons signé et que nous avons eu le concours, il y avait cette spécificité (…). C'est un statut qui est, certes, avantageux, mais nous avons signé pour cela. C'est ce qui fait que l'on accepte plus ou moins la difficulté du métier et les risques encourus."

"Hors de question que l'on me dise que les règles ont changé"

"J'approche des vingt-cinq ans de carrière et il est hors de question que l'on me dise, maintenant 'Écoutez, monsieur, les règles ont changé, il va falloir travailler cinq ans de plus, parce que votre bonification de l'année tous les cinq ans disparaît", ajoute ce gradé, dont la compagnie est basée en Région parisienne. D'autant que, ces derniers mois, les manifestations se sont multipliées, en France, et les tensions avec. 

Ce même CRS note d'ailleurs qu'il "en a sauvé, des gouvernements, en 25 ans" : "L'année dernière, je pense que les CRS, les gendarmes mobiles et la police nationale ont eu à sauver la République à de nombreuses reprises, ça a été dit et redit par pas mal de gens. Est-ce tout le bénéfice que nous retirons du fait d'avoir sauvé la place des élites qui nous commandent ? De nous matraquer au niveau des retraites ? Est-ce notre récompense d'avoir sauvé le gouvernement de M. Macron ? Cela ne va pas se faire comme ça, les CRS ne vont pas se laisser faire et les policiers non plus", prédit le fonctionnaire.

Alors que la devise des CRS est "Servir", l'homme ne semble pourtant pas hésiter longtemps entre sa vocation de policier, et la volonté de cesser le travail pour défendre son régime de retraite : "Nous sommes d'abord des citoyens, des pères et des mères de famille, et, ensuite, nous avons un métier. Cette réforme ne touche pas simplement notre travail, cela touche notre vie personnelle. Cela va plus loin que le simple statut de policer. À partir du moment où cela nous touche dans notre vie personnelle, dans notre famille, et implique de grands changement dans la suite de notre vie, nous ne pouvons pas simplement raisonner tant que policier sur ce sujet."

"Pas du tout encourageant pour la suite"

Le remède à cette "épidémie" d'un jour est aujourd'hui entre les mains du ministre de l'Intérieur, auquel en appel ce même CRS, qui dit regretter le "silence-radio" du gouvernement. Le courrier envoyé la semaine dernière par Christophe Castaner aux policiers ne semble pas avoir convaincu, le discours d'Édouard Philippe détaillant la réforme des retraites, ce mercredi, encore moins.

"Cela n'est pas du tout encourageant pour la suite, ne nous rassure pas" juge le fonctionnaire, qui pense que la mobilisation "va continuer", à des moments-clés, tels des journées de manifestations importantes. À moins que l'appel des syndicats soit entendu en haut-lieu : les organisations ont rendez-vous ce jeudi après-midi au ministère de l'Intérieur afin de discuter de la réforme des retraites. Reste à voir si les discussions tiendront de la simple câlinothérapie, ou si le gouvernement acceptera un traitement de choc : le maintien du régime spécifique des retraites des policiers.

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