"Qui a peur du petit méchant juge ?"
"Qui a peur du petit méchant juge ?" © Jc Lattès

Marc Trévidic, juge d’instruction au pôle antiterroriste du Tribunal de Grande Instance de Paris, était l'invité de Pascale Clark dans A'live mardi 11 novembre. Il évoque les avancées - et reculs - auquel il assiste dans l'affaire de l'assassinat des moines de Tibéhirine en Algérie, en 1996.

Pour décrire l'histoire et décrire les difficultés d'être un juge d’instruction en France, Marc Trévidic a sorti "Qui a peur du petit méchant juge ?". Il y décrit son parcours, les déconvenues qu'il a rencontré dans son métier, comment il s'est senti passer de Zorro à Don Quichotte... Comment il pensait faire un métier où il y avait une vraie recherche du coupable mais où tout est si lent qu'il a parfois "l'impression qu'[il] mourra avant ses dossiers".

Parmi les affaires qu'il instruit, celle de l'assassinat, il y a 18 ans, des moines français de Tibéhirine. Les moines avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère, près de Medea, au nord-ouest de l'Algérie.

Après plusieurs tergiversations, l'exhumation des têtes des moines a enfin été accordée par les autorités algériennes. Dix-huit ans après le drame, les têtes des sept moines assassinés étaient dans un bon état de conservation. Les experts pensaient parvenir à déterminer si les frères avaient été égorgés ou décapités après leur mort. Douche froide : les experts sont repartis sans les prélèvements effectués .

Pendant la semaine, on a pu faire tout ce qu'on fait traditionnellement au microscope, analyse des têtes, des vertèbres, etc. La science est très évoluée maintenant. C'est vrai qu'on pourrait avoir des certitudes sur différentes questions si on avait les prélèvements qu'on a fait sur place. Et on a été très déçus, c'est une grande surprise. [...] Les autorités algériennes feront quelque chose si les autorités françaises poussent pour qu'elles le fassent. J'ai l'impression qu'il faut un minimum mettre la pression pour que ça avance dans ce dossier. Et quand je dis "un minimum", c'est une litote

Le fait de déterminer comment sont morts les moines ne permettra pas en soi de trancher entre la version officielle, un assassinat par le groupe islamique armé, et d'autres hypothèses autour d'une bavure ou d'une manipulation de l'armée algérienne. Les toutes premières conclusions des experts français mettraient en doute la date officielle de la mort, le 21 mai 1996, date de la publication d'un communiqué du GIA qui annonçait l’exécution des moines, un mois après leur enlèvement.

Selon Marc Trévidic "il y a beaucoup de gens qui veulent savoir la vérité dans cette histoire. Il y a les familles des moines, mais aussi pas mal de Français et d'Algériens. À Médéa les tombes des moines sont fleuries. Celle du Frère Luc, qui pendant 50 ans a soigné la population locale, reçoit 3000 à 4000 visiteurs algériens par an. Et ça, ça mérite bien de chercher la vérité"

On nous dit que les experts algériens sont très complétents, je veux bien le croire… Ce sont des expertises très pointues, très techniques, il faut du matériel très sophistiqué. Si on nous donne l'assurance absolue qu'ils sont capables de le faire (c'est pas du tout ce que j'ai compris quand j'étais là-bas) je veux bien. Mais des prélèvements, une fois qu'ils sont expertisés, on ne peut pas le faire deux fois. Après, c'est fini.

nouveau report d’une visite du juge marc trévidic à alger dans l’enquête sur tibéhirine
nouveau report d’une visite du juge marc trévidic à alger dans l’enquête sur tibéhirine © reuters
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