On l’avait quitté gros, le visage caché dans les mains. Taiseux.

On le retrouve onze ans plus tard, toujours aussi peu loquace mais très amaigri, tremblant, le regard fixe. « J’ai la sclérose en plaques », explique Thierry Delay, entendu par visioconférence depuis le centre de détention de Muret où il purge toujours la peine de 20 ans à laquelle il a été condamné par la cour d’assises de Saint-Omer.

Réponse laconiques, émaillées de silences. L’audition du principal condamné de l’affaire, âgé aujourd’hui de 51 ans, est laborieuse. Non, il ne connaît pas Daniel Legrand. Non, personne d’autre n’a abusé des enfants Delay à l’exception de leur mère, David Delplanque, Myriam Badaoui et lui-même. Comment en sont-ils arrivés là ? « L’alcool ».

Dans la salle, Cherif et Jonathan Delay revoient leur père pour la première fois depuis onze ans. Ils réclament un véritable face-à-face. Alors on assiste à ce moment qui, peut-être, donne un sens à ce troisième procès.

Cherif fait face à son père adoptif : « Aujourd’hui, je fais 1m82, je fais 71 kilos et je n’ai plus peur de toi. Tu vois cette couleur de peau ? C’est mes origines et j’en suis fier. Là quand je te regarde, pourtant tu es dans mes cauchemars, là tu me fais pitié. » La colère est sourde, la tension palpable.

Jonathan, lui, s’accroche en tremblant à un petit morceau de papier. Il a préparé des questions pour son père.

  • Est-ce que tu as le courage de me dire qu’il n’y avait pas d’autres adultes ?

  • On était que quatre.

  • Tu es sûr et certain ?

  • Oui

  • Est-ce que tu peux m’expliquer pourquoi tu as commis toutes ces choses ?

  • J’avais pas ma tête à moi. J’étais pas dans un état normal.

Les fils Delay quittent l’audience. On leur souhaite d’avoir eu les réponses qu’ils étaient venu chercher. Daniel Legrand, lui, est resté impassible. Aujourd’hui, c’est un peu comme si ça n’était plus son procès.

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