L'avocat confirme à France Inter que François Fillon lui a bien demandé de mentir sur l'origine des deux costumes sur mesure qu'il lui avait offerts, avant de les lui rendre.

Robert Bourgi en 2011 à Paris
Robert Bourgi en 2011 à Paris © Reuters / Gonzalo Fuentes

L'affaire remonte au 12 mars dernier, quand le JDD a révélé l'existence de ces deux costumes, réalisés par le tailleur Arnys et d'une valeur de 13.000 euros au total, offerts à François Fillon par Robert Bourgi, pilier influent des réseaux de la Françafrique. Un cadeau qui avait éveillé des soupçons de "trafic d'influence", même si aucun des deux hommes n'est mis en cause. Des doutes que Robert Bourgi veut dissiper, assurant que le cadeau était strictement privé et amical, il a d'ailleurs été entendu à ce sujet comme témoin le 4 avril dernier, avec les deux costumes en question qu'il a rapportés aux policiers.

► Écoutez l'interview complète de Robert Bourgi avec Sara Ghibaudo

Je me suis fait moi-même ce pari : si François Fillon gagne la primaire, je vais lui offrir deux costumes d'une maison qu'il apprécie beaucoup et où moi-même je suis client. Quand il a gagné la primaire, j'ai commandé deux costumes, et au mois de février 2017, la maison Arnys m'appelle pour me dire : les costumes ont été livrés à Monsieur Fillon, après essayage (ce sont des costumes sur mesure), on vous envoie la facture de 13.000 euros. Il n'y a aucune contrepartie : quand François Fillon était en charge de ministères, puis en charge de Matignon, je ne lui ai jamais rien demandé.

Il assure que leur relations sont strictement amicales, qu'elles se limitaient à "un pot à Matignon", "casser la croûte dans un bistrot", "ouvrir une bonne bouteille"... Et parfois quelques conseils de l'avocat sur la politique africaine.

"Je ne voudrais pas que ton nom apparaisse"

Sauf que François Fillon n'a pas voulu, en tout cas au début, assumer ce cadeau gênant et surtout son origine. Robert Bourgi explique que la veille de la parution du JDD, l'ancien Premier ministre lui passe un coup de fil pour lui expliquer son embarras.

Je lui en veux pour cette semaine où il m'a demandé de mentir. Il me dit : "Tu sais comment j'ai engagé ma campagne, les thèmes que j'ai développés, la transparence, l'équité, la vertu... Je ne voudrais pas que ton nom apparaisse." Je lui ai dit : "Pourquoi mon nom ? Je ne suis pas un hors-la-loi, je n'ai jamais été condamné par la justice, je n'ai aucune casserole, un casier judiciaire vierge..." Il me dit : "Non, tu sais, c'est les relents de la Françafrique" J'ai répondu : "J'ai 72 ans dans quelques jours, je vais pas traîner toute ma vie la Françafrique !" Cela a été doublé, quelques instants après, par un appel d'Anne Méaux, la prétendue grande papesse de la communication.

L'avocat aurait toutefois suivi, de mauvaise grâce, cette recommandation. Avant que Le Monde ne confirme l'origine des costumes.

Autre déception, quand le 24 mars, François Fillon décide d'aller sur France 2 pour annoncer qu'il va "rendre les costumes". "Je lui ai dit : François, tu vas me rendre les costumes que tu as depuis deux mois ? Tu les a portés ? Il m'a répondu qu'il les avait portés. J'ai dit : François, c'est nul ce que tu fais".

Mais pas de quoi dissuader l'avocat de soutenir François Fillon à la présidentielle dimanche prochain : "Pour qui voulez-vous que je vote ? C'est mon ami."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.