Elles sont toutes petites. Mais de grandes femmes. Une mère et sa fille, venues hier défendre à la barre leur fils et frère, accusé pour la troisième fois devant une cour d’assises.

Une mère, Nadine Legrand et sa fille, Peggy Legrand, de neuf ans l’aînée de Daniel, qui répondent avec une grande franchise et autant d’humilité aux questions du président et des avocats des parties. C’est calmement que Nadine raconte qu’elle a recueilli deux nièces et un neveu après la mort de ses deux frères et une belle-sœur dans un accident de voiture en 1976.

Tout aussi calmement que sa fille Peggy explique comment elle a accueilli toute sa famille lorsque ses parents ont perdu le pavillon qu’ils s’échinaient à payer depuis 15 ans. Sauf son père : « il voulait pas gêner alors il dormait dans la voiture au bout de l’impasse ».

Et puis, il y a l’affaire Outreau. « C’est une histoire qui nous est tombé sur le coin de la gueule comme ça. C’est fait et maintenant on en est encore là », lâche Peggy à la barre. Un peu gênée, la mère Nadine confie : « un sex-shop, je savais déjà même pas ce que c’était. Une partouze, maintenant, je sais ce que c’est. Mais je l’ai jamais fait puis je le ferai jamais. On a pas été élevés comme ça … »

L’émotion serre les gorges. Dans le box des accusés, Daniel Legrand n’en mène pas large. Sur les bancs de la salle, le public s’est figé. Mais ces deux femmes là, tiennent bon.

Nadine raconte les journées de son mari, également accusé dans l’affaire et aujourd’hui décédé : « il partait au travail, après il rentrait, il passait par le garage, il mettait ses pantoufles, lisait son journal, buvait son café que je lui servais, regardait les informations sur France 3, mangeait, regardait les informations de 20 heures. Après, si le film lui plaisait, il regardait. S’il lui plaisait pas, il allait se coucher. »

Un cancer l’a emporté en 2012. Et aujourd’hui, c’est le fils Daniel qu’elles essayent de soutenir à bout de bras. Peggy, mère de trois enfants, poursuit : « Daniel, c’est quelqu’un qui ne s’en remettra jamais. C’est quelqu’un qui a sombré au fond du trou et on a du mal à le remonter. Les gens disent qu’il a été indemnisé mais l’argent ne fait pas tout. Je souhaite de tout mon cœur vivre le plus longtemps possible pour être là pour lui, parce qu’on ne peut pas imposer à nos enfants de surveiller Daniel. Je prie de tout mon cœur pour que nos enfants n’aient pas la vie que l’on ait eue. »

« Avec tout ce que j’ai subi, je me demande qu’est-ce que je fais encore sur terre », lâche sa mère dans un souffle. Et pourtant : « c’est le destin. On va pas se plaindre », veut relativiser la fille. « Du malheur, il y en a partout ».

Surtout chez les Legrand.

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