Le placement sous bracelet électronique n'a pas empêché l'un des deux terroristes d'agir. Était-il possible pour les magistrats de prévoir ce passage à l'acte ?

Le placement sous bracelet électronique était-ils une erreur des magistrats ?
Le placement sous bracelet électronique était-ils une erreur des magistrats ? © AFP / Thomas SAMSON

Deux jours après l'attentat de l'église St Etienne du Rouvray, l'émotion laisse la place aux questions. Le placement sous bracelet électronique n'a pas empêché l'un des deux terroristes d'agir. Adel Kermiche, 19 ans, avait été assigné à résidence après dix mois de détention provisoire. Il avait tenté de se rendre en Syrie, il était en attente de son jugement.

Etait-il possible de prévoir ce passage à l'acte ?

Les accusations fusent. De la part de Nicolas Sarkozy, qui se demande comment un individu "sous contrôle judiciaire pour avoir essayé d'aller faire le djihad en Syrie" a-t-il été laissé libre "de commettre un tel attentat". Côté policier, le syndicat Alliance appelle à en finir "avec cette possibilité qui est donnée de libérer pendant sa détention provisoire tout individu mis en examen pour un quelconque lien avec le terrorisme". Sur internet, certains sont même partis dans la "chasse aux juges" qui ont décidé de cette remise en liberté.

La décision a été prise par un juge d'instruction antiterroriste, confirmée, après appel du parquet, par trois magistrats de la cour d'appel. Si les juges, tenus à leur devoir de réserve, ne souhaitent pas alimenter la polémique, le monde judiciaire est bien sûr secoué par ce qui s'est passé.

"A chaque attentat, on est terrorisé à l'idée que l'auteur soit quelqu'un qu'on connait". 

La confidence vient d'un magistrat du tribunal de grande instance de Paris. Au-delà des juges directement concernés, l'émotion est forte après le passage à l'acte d'Adel Kermiche. Sur Twitter, une magistrate confie avoir un jour laissé en liberté un homme, qui a commis un viol 15 jours plus tard. "J'ai senti le sol se dérober sous mes pieds. C'était il y a 15 ans. En écrivant, je tremble autant que ce jour-là".

Mais tous disent combien il est vain de relire une décision prise à un instant T, à la lueur d'un événement survenu après. Comme si le magistrat pouvait prédire l'avenir. L'incarcération provisoire systématique dans tous les dossiers liés au djihadisme pose problème, rappelle l'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic dans l'Express, celui de mettre des gens en prison pour le danger qu'ils représentent, et non pour ce qu'ils ont réellement fait. "Et puis on ne peut pas traiter tous les individus de la même manière, sans prendre en compte le facteur humain, explique un juge. Ou alors, il faut nous remplacer par des automates."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.