Avant de répondre de son rôle dans les attentats de Paris, le seul attaquant encore vivant du 13 novembre comparait devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour tentative de meurtre sur des policiers français et belges, le 15 mars 2016. Il leur avait échappé avec son co-prévenu, Sofien Ayari, après une fusillade.

Policiers devant l'une des planques de Salah Abdeslam dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles
Policiers devant l'une des planques de Salah Abdeslam dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles © AFP / Nicolas Maeterlinck

Le 15 mars 2016, à Forest, une commune de Bruxelles, une équipe d'enquête franco-belge force la porte d'un appartement, supposé vide, et doit se replier sous des tirs de fusil d'assaut. Trois agents sont légèrement blessés, dont une policière française. Le tireur, Mohamed Belkaid (l’un des coordonnateurs du 13 novembre) est abattu. Deux hommes s'enfuient, qui doivent répondre aujourd'hui de tentative de meurtre : Sofien Ayari et Salah Abdeslam. A l'époque, c'est l'ADN qui avait révélé que la planque abritait l’homme le plus recherché d’Europe, en cavale depuis quatre mois.

Salah Abdeslam est arrêté, trois jours plus tard, chez un ami à Molenbeeck. L’enquête a confirmé que ce fut l’élément déclencheur des attentats de Bruxelles qui ont fait 32 morts le 22 mars.

Abdeslam jusqu'ici silencieux face aux enquêteurs

Cette semaine, Salah Abdeslam n'est jugé que pour la fusillade de Forest, mais quelques représentants d’associations de victimes françaises seront présents. L’avocat Jean Reinhart a perdu son neveu au Bataclan et défend l'association 13 Onze 15 : "Ce n’est pas une curiosité mais c’est un intérêt qu’on a de savoir si M. Abdeslam, qui ne veut plus parler, qui ne dit jamais rien, va commencer à vouloir se défendre. Ce sera une première indication sur ce qui pourra se passer plus tard, lorsqu’il y aura le vrai procès du 13 novembre. Il est le seul survivant sur les dix terroristes qui étaient présents à Paris, et on a retrouvé une pièce absolument fondamentale dans son ordinateur où il dit bien que sa ceinture n’a pas fonctionné, mais qu’il aimerait que sa ceinture dorénavant fonctionne. Donc il est toujours dans une position terroriste."

Philippe Duperron, qui a perdu son fils de 30 ans au Bataclan est président de l'association 13 Onze 15. Il a lui aussi choisi d’être à Bruxelles. Il n’attend pas de "déclic" chez Salah Abdeslam, mais il tenait à ce que les victimes des attentats de Paris soient représentées : "Se trouver face à lui, c’est lourd, mais c’est important que nous soyons là. Nous y allons aussi pour examiner le comportement de Salah Abdeslam. Est-ce qu’il va accepter de collaborer avec la justice belge ou est-ce qu’il va au contraire rester dans cette attitude de déni ou de négation de sa mise en cause ?"

Le parcours de Salah Abdeslam, des attentats de Paris à son incarcération
Le parcours de Salah Abdeslam, des attentats de Paris à son incarcération © Visactu / Visactu

Un procès sous haute surveillance

Salah Abdeslam est jugé avec son complice présumé Sofien Ayari. Lui aurait combattu au sein du groupe Etat islamique avant de rentrer par la route des migrants à la fin de l’été 2015, avec d'autres membres des commandos terroristes. Le 13 novembre, Ayari n’était pas à Paris mais il a fait un aller-retour à l'aéroport d'Amsterdam, qui faisait peut-être partie des cibles de la cellule. Lui aussi a jusqu'ici plutôt observé le silence.

Le procès se tient lundi, mardi, jeudi et vendredi. Salah Abdeslam sera amené de la prison de Vendin-le-Vieil, dans le nord de la France, où lui a été aménagée une détention hors norme, comme à Fleury-Mérogis : vidéo-surveillance 24 heures sur 24 et isolement total. Le transfert se fera sous protection des unités d'élites, et s'il y a la moindre alerte ou encombrement sur la route, le détenu le plus surveillé de France prendra l'hélicoptère.

À Bruxelles, l'accès au vieux palais de justice sera particulièrement filtré : quartier bouclé, surveillance par hélicoptère, fouille obligatoire y compris pour les professionnels de justice. Dans la salle du tribunal correctionnel en revanche, Salah Abdeslam sera traité comme un prévenu ordinaire : au premier rang, face aux juges. Une salle de retransmission a été aménagée pour la presse.

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