Salah Abdeslam est toujours en fuite
Salah Abdeslam est toujours en fuite © MaxPPP

Salah Abdeslam aurait probablement du être le huitième kamikaze des attentats du 13 novembre. On le soupçonne également d'avoir préparé les attaques de Bruxelles du 22 mars. Arrêté à Molenbeek après quatre mois de cavale le 18 mars, il sera jugé en France.

Le fêtard de Molenbeek

Salah Abdeslam porte la nationalité française par son père, mais c’est à Bruxelles qu’il naît le 15 septembre 1989. Deux frères, deux soeurs, une maison sur la place principale de Molenbeek … Salah Abdeslam connaît une enfance à priori sans histoire. Ca se gâte un peu à l’adolescence où il devient un petit délinquant. Avec son copain, Abdelhamid Abaaoud, il est même condamné pour braquage en 2010 à un an de prison. Ensemble, ils seront incarcéré à la prison de Bruxelles-Forest. A leur sortie Abdelhamid Abaaoud se radicalise et rejoint la Syrie. Salah, lui, est embauché dans l’équivalent de la RATP bruxelloise, la STIB. Il n’y reste cependant pas longtemps : en 2011, il est licencié pour cause d’absences injustifiées.

S’ensuit alors des mois de désoeuvrement : “gérance” du bar de son frère Brahim - devenu le rendez-vous des amateurs de cannabis du quartier-, soirées arrosées, nuits avec une fille à chaque fois différente … Il aime aussi la boxe et le foot. Bref, pas exactement le profil du futur djihadiste.

Pourtant,en juillet 2014, un renseignement sur la probable radicalisation des frères Abdeslam parvient aux enquêteurs. Mais selon le parquet fédéral belge :

Il est alors question de radicalisation, pas de projet d'attentat.

Nouvelle alerte en janvier 2015: les services de police belges les interrogent, lui et son frère. La cellule terroriste de Verviers vient d'être démantelée et Brahim Abdeslam arrêté en Turquie pour avoir tenté de rejoindre la Syrie.

Brahim et Salah Abdeslam sont alors fichés comme radicalisés, mais pas signalés à la France. D'autant que l'enquête n'aboutit à rien : Brahim Abdeslam parle d'un voyage touristique et les deux frères nient toute véléité terroriste.

En février, Salah Abdeslam est interpellé aux Pays-Bas pour possession de cannabis. Une amende de 70 euros plus tard, il reprend la route. Même scénario le 9 septembre, à la frontière austro-hongroise cette fois, Salah Abdeslam, dans une Mercedes de location, fait l’objet d’un contrôle. Deux autres personnes sont à bord. Ils expliquent qu’ils vont “passer une semaine de vacances en Autriche”. Fin de l’histoire.

Les attentats du 13 novembre en préparation

Depuis, on sait que Salah Abdeslam était probablement en Hongrie le 17 septembre. C’est là, à la gare Keleti de Budapest qu’il récupère deux hommes parmi les migrants arrivés de Grèce … deux futurs kamikazes du 13 novembre. Peu après, Salah Abdeslam poursuit les préparatifs des attaques à venir : il achète une dizaine de détonateurs à une entreprise de l’Oise, interroge avec insistance le vendeur sur la fiabilité du dispositif et laisse son permis de conduire pour prouver son identité; Salah Abdeslam réserve ensuite deux studettes à Alfortville, loue deux voitures, se rend à Paris.

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Le 11 novembre, il est filmé sur le chemin du retour dans une station service de l’autoroute A1. Il est alors dans la Clio noire qui sera retrouvée dans le 18e arrondissement de Paris, en compagnie de Mohamed Abrini, lui aussi sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

Les attentats et puis la fuite

Le lendemain, jeudi 12 novembre, à 3 heures du matin, Salah Abdeslam quitte Bruxelles : les djihadistes sont répartis en trois voitures en direction de Paris. A l’arrivée, le convoi se sépare: une voiture avec à son bord le “commando du Bataclan” se rend à Alfortville, les deux autres voitures, à bord desquelles Salah Abdeslam et son frère Brahim rejoignent Bobigny où ce dernier a loué un pavillon à des particuliers.

Les djihadistes quittent les lieux le lendemain. A 19h38, Salah Abdeslam se met au volant de la Clio. A bord : les trois kamikazes du Stade de France qu’il dépose une heure plus tard environ. Il se rend ensuite dans le 18e arrondissement, abandonne sa voiture sur place. Il est alors 21h59. Au Stade de France, ses trois comparses ont déjà actionné leurs ceintures. Son frère Brahim s’est lui aussi fait exploser dix minutes plus tôt après avoir participé aux assassinats d’une quarantaine de personnes en terrasse. Au Bataclan, des dizaines de personnes sont déjà mortes.

Mais que fait Salah Abdeslam? La question demeure irrésolue. Est-il prévu qu’il se fasse exploser dans le nord de Paris, comme l’évoque le communiqué de revendication des attentats? Sa ceinture explosive est-elle défaillante comme va l’être celle d’Omar Ismaël Mostefai au Bataclan? Renonce-t-il au dernier moment? On l’ignore.

Ce qu’on sait en revanche, c’est qui parcourt quelques minutes à pied, achète une puce téléphonique à 22 heures 30, passe plusieurs appels en Belgique. A ses copains de Molenbeek, il explique qu’il est en panne de voiture : “est-ce que tu sais me dépanner et venir me chercher à Paris? Je te paie l’essence et les péages?”. Ensuite, pour une raison encore inconnue, Salah Abdeslam se rend dans le sud de Paris. Son téléphone portable est repéré dans les communes limitrophes de Montrouge, Bagneux, puis Châtillon où il reste jusqu’à 5h27 du matin. Six heures pendant lesquelles il a le temps de se débarrasser de sa ceinture explosive dans une poubelle d’encombrants.

La suite est l’histoire d’une fuite qui va durer quatre mois. Salah Abdeslam rentre à Bruxelles sans encombre, se fait aider par plusieurs amis, tous incarcérés depuis. Il passe de Laeken à Schaerbeek, deux quartiers voisins de Bruxelles. Sa trace se perd à 14 heures 30 dans une rue de la capitale belge. A l’ami qui est alors avec lui il aurait dit qu’il allait “changer de tête”.

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L'arrestation

Le 18 mars, Salah Abdeslam est arrêté ... à Molenbeek, son quartier d'origine. On découvre alors qu'il n'a probablement pas quitté la capitale belge en quatre mois de cavale.

L'arrestation de Salah Abdeslam le 19 mars
L'arrestation de Salah Abdeslam le 19 mars © Reuters

Mais c'est par hasard que les enquêteurs ont retrouvé sa trace. En venant perquisitionné un appartement qu'ils croyaient vide, des policiers sont acceuillis par des tirs de kalachnikov. Un homme est tué, on apprendra ensuite qu'il s'agit de Mohamed Belkaid, alias Samir Bouzid, l'un des deux coordonateurs belges des attentats de Paris.

Dans l'appartement, les enquêteurs retrouvent des empreintes récentes laissées par Salah Abdeslam.

Deux hommes au moins prennent la fuite. trois jours plus tard, Salah Abdeslam est interpellé à Molenbeek, il est immédiatement incarcéré.

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