Après 15 heures de garde-à-vue, l'ancien président a été conduit devant les juges. A deux heures du matin, il est mis en examen pour recel de violation du secret professionnel, trafic d'influence et corruption active. Il s'exprime ce soir à la télévision.

Une contre-attaque médiatique en attendant une contre-attaque juridique : Nicolas Sarkozy est coutumier du fait, et l'avait déjà expérimenté (avec un succès mitigé) lors de l'affaire Bettencourt.

Une nouvelle fois, il va profiter d'une interview pour se défendre, Sara Ghibaudo

Corruption active ?

nicolas sarkozy jugé le plus libéral, selon ifop
nicolas sarkozy jugé le plus libéral, selon ifop © reuters

Corruption active, ça signifie que les enquêteurs considèrent que Nicolas Sarkozy a pris l'initiative par l'intermédiaire de son avocat de solliciter des informations confidentielles de la part de l'avocat général Gilbert Azibert qui espérait lui un piston pour un poste à Monaco. C'était au début de l'année au moment où la Cour de cassation doit valider la saisie des agendas de l'ancien président.

Gilbert Azibert aurait alors tenté de se renseigner auprès de ses collègues chargés du dossier Bettencourt comme Patrick Sassoust mais à l'issue de sa garde-à-vue, ce dernier n'est pas mis en cause. Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog et le magistrat Azibert se sont vus notifer leur mis en examen au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris par les juges d'instruction Patricia Simon et Claire Thépaut.

Cette mise en examen est intervenue alors que Nicolas Sarkozy disait en être au stade de la "réflexion" quant à un éventuel retour en politique pour la présidentielle de 2017.

15 heures de garde-à-vue et une mise en examen

nicolas sarkozy placé en garde à vue à nanterre
nicolas sarkozy placé en garde à vue à nanterre © reuters

Nicolas Sarkozy avait été placé en garde à vue mardi à 8h dans les locaux de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), à Nanterre (Hauts-de-Seine), dans le cadre d'une information judiciaire pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction présumés.

Les enquêteurs soupçonnent un réseau d'informateurs au sein de la justice et de la police d'avoir renseigné Nicolas Sarkozy sur les procédures judiciaires le visant. Les soupçons sont apparus en marge d'une enquête sur des accusations de financement libyen de sa campagne électorale en 2007, poussant la justice à placer deux téléphones utilisés par l'ex-chef de l'Etat sur écoute les 3 et 19 septembre 2013.

La mise en examen de Nicolas Sarkozy n'est pas une première. L'ancien président avait été le premier ancien président de la Vème République à avoir été mis en examen. C'était en mars 2013 pour abus de faiblesse aux dépens de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt. Il avait bénéficié d'un non-lieu.

"Pas grand'chose dans ce dossier" selon l'avocat de Thierry Herzog

Thierry Herzog et Gilbert Azibert avaient été placés en garde à vue lundi, de même que Patrick Sassoust, avocat général à la Cour de cassation. Ce dernier n'a pas été présenté aux juges. Me Paul-Albert Iweins, l'avocat de Thierry Herzog s'est exprimé peu de temps après la mise en examen de son client :

Thierry Herzog a été mis en examen pour des faits que nous contestons. Il est libre et il reste avocat de Nicolas Sarkozy. Ces faits ne reposent que sur des écoutes [...] dont la légalité sera fortement combattue [...] Je crois que c'est la première fois, en France certainement, et peut-être au monde, qu'on utilise, qu'on essaye d'utiliser, une écoute entre un avocat et son confesseur naturel qu'est le bâtonnier. C'est vous dire qu'il n'y a pas grand'chose dans ce dossier, puisqu'aucun des éléments matériels de ce que j'ai vu et de ce qui a pu nous être opposé ne vient à l'appui des accusations.

Qui sont les juges ?

Éliane Houlette est à la tête du tout nouveau parquet financier, c'est elle qui lancé les hostilités. Les juges d'instruction, Patricia Simon et Claire Thépaut, sont elles en charge du dossier. Claire Thépaut, est notamment critiquée par des personnalités de droite pour ses liens avec le Syndicat de la magistrature, plutôt orienté à gauche.

Le portrait de ces trois femmes par Corinne Audouin

Pour Christophe Régnard, président de l'USM, le principal syndicat de magistrats, la mise en cause des juges est un mauvais débat :

La mise en cause des juges, c'est l'arbre qui cache la fôret.

Nicolas Sarkozy à l'attaque

nicolas sarkozy mis en examen
nicolas sarkozy mis en examen © reuters

Nicolas Sarkozy est un bagarreur qui s'épanouit dans le conflit. Ce matin, l'ancien président a fait ce qu'il a toujours fait quand il se sent attaqué : il s'est retranché une partie de la matinée, dans ses bureaux, dans son camp, de la rue de Mirosmesnil, à Paris. Il s'est enfermé dans son bureau avec ses avocats et les collaborateurs de son cabinet et ils ont définit le "plan de bataille". A chaque fois, cela se passe comme ça. Le premier combat que mènera Nicolas Sarkozy, c'est celui de l'opinion : il y a eu Facebook, il y a eu une tribune. Ce soir, l'ancien président sera l'invité du 20h de TF1. Pour l'instant : les Sarkozystes attendent, place aux avocats : quand la nouvelle stratégie sera finie d'être élaborée, ils seront là pour fidèlement l'appliquer. Sarko n'est pas abasourdi, pas fatigué, pas en colère, il est à l'attaque, comme toujours.

Ses plans n'ont pas changé. C'est ce qu'a confirmé ce matin à Carine Bécard, l'un de ses plus proches collaborateurs. Nicolas Sarkozy continue à réfléchir à son éventuel retour, à sa possible candidature à la présidence de l'UMP. Il prendra sa décision à la fin de l'été.

Que va dire pour s'expliquer Nicolas Sarkozy ? Que tout cela est un complot. Les militants de l'UMP adorent théorie du complot. Il rappellera que tout cela n'arrive pas par hasard et bien sûr, qu'il n'y a pas à s'inquièter parce que le dossier des juges, est vide. Voilà la petite musique qui commence à être fredonnée dans le camp de l'ancien président. Autrement dit, et c'est un fidèle d'Alain Juppé qui le décrypte très bien, ce nouveau grain de sable judiciaire pour Nicolas Sarkozy devrait l'inciter un peu plus encore, à être candidat à la présidence de l'UMP. Vu le contexte, il est bien probable que les militants aient envie de se montrer soudés autour de lui.

Sarkozy et les juges
Sarkozy et les juges © Radio France
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