Nicolas Bonnemaison comparaît pour sept morts survenues en quinze mois au sein de l'unité d'hospitalisation de courte durée de l'hôpital de Bayonne.

verdict du procès Nicolas Bonnemaison pour euthanasie
verdict du procès Nicolas Bonnemaison pour euthanasie © MaxPPP/Sud Ouest/Luke Laissac

Sept morts jugées suspectes et qui ont attiré l'attention de l'hôpital, puis de la justice. Dans trois cas, Nicolas Bonnemaison aurait utilisé du Norcuron, un dérivé du curare qui entraîne une mort rapide. Deux autres décès avaient également interpellés les enquêteurs, avant que Nicolas Bonnemaison ne bénéficie d'un non-lieu.

Quatre cas pour lancer l’alerte

  • Françoise Iramuno : cette patiente de 86 ans est admise à l’unité d’hospitalisation de courte durée le 6 avril 2011. Elle est arrivée aux urgence quelques jours plus tôt après une mauvaise chute et une hémorragie cérébrale. Elle est alors dans le coma, mais dans un état stable. Pourtant, le docteur Bonnemaison parie un gâteau avec un infirmier qu’elle ne sera plus là le lendemain. Effectivement, la vieille dame décède dans la soirée. Son fils, qui n’a jamais rencontré Nicolas Bonnemaison avant son procès apprend sa mort par téléphone. Il l’avait pourtant vue calme et sans signe de souffrance quelques heures avant. Le lendemain, Nicolas Bonnemaison réclame à l’aide soignant l’objet du pari.

Me Bernard Massera, avocat du fils et de la belle-fille de François Iramuno, parties civiles au procès :

Leur mère ne souffrait pas. Ils ont le sentiment d'avoir été écarté du processus de fin de vie de leur mère et ça c'est très gênant pour eux.

  • Marguerite Buille : le 4 mai 2011, Marguerite Buille est admise à l’hôpital après un accident vasculaire cérébral hémorragique. Le lendemain, une infirmière raconte l’avoir retrouvée en arrêt cardiaque, sa perfusion enlevée, vraisemblablement par une tierce personne. Le décès de Marguerite Buille vient confirmer ses soupçons à l’égard de Nicolas Bonnemaison, après le décès déjà suspect de Françoise Iramuno. Il s’agit par ailleurs du seul cas pour lequel Nicolas Bonnemaison reconnaît avec certitude avoir utilisé du Norcuron, ce dérivé du curare qui entraîne une mort rapide.
  • Christiane Thymen : Christiane Thymen décède le 26 juin 2011 à l’unité de soins de courtes durée. Nicolas Bonnemaison n’exclut pas avoir pu préparer des injections de Norcuron pour cette patiente. Sa fille, Viviane, et et son mari Patrick , reconnaissent que le docteur Bonnemaison ne leur a "pas posé la question" mais ils acceptent son geste :

Elle était condamnée. Ca s'est dégradé, les derniers quinze jours, elle n'arrivait plus à s'alimenter. C'était atroce.

  • Catherine-Elisabeth Deleau : c’est son décès qui va déclencher l’alerte à l’encontre du docteur Bonnemaison. Le 2 août 2011, cette vieille dame de 92 ans arrive à l’hôpital de de Bayonne dans le coma. Sa belle-fille affirme avoir eu une discussion informelle dans le couloir de l’hôpital, mais sans qu’il soit question d’abréger la vie de sa belle-mère. Nicolas Bonnemaison, lui, est vu entrant dans la chambre de la patiente le lendemain, une seringue à la main. La vieille dame décède dans la foulée. Mais l’enquête ne permettra pas d’établir que l’ampoule de Norcuron a bien été perfusée car les veines de Catherine Deleau étaient très abîmées. Nicolas Bonnemaison a donc bénéficié d’un non-lieu pour ce cas.

Une infirmière et une aide-soignante alertent alors leur supérieure. L'enquête est lancée.

L’enquête permet d’identifier quatre autres cas

  • Fernand Dhooge : il est le seul des patients qui présentait, avant sa mort, des signes de souffrance intolérables, après quinze ans de lutte contre un cancer du pancréas : vomissements, douleur, panique. Sa fille Patricia reconnaît d’ailleurs avoir clairement demandé une euthanasie au docteur Bonnemaison. A son sujet, Nicolas Bonnemaison a reconnu avoir utilisé de la morphine, mais pas de Norcuron car le patient était encore conscient. Patricia Dhooge, seconde épouse de Fernand Dhooge soutient de docteur Bonnemaison, un "homme bon", selon elle, qui a compris sa douleur de voir son mari souffirir :

Il m'avait dit qu'il en finirait. Il me l'a dit avant de tomber dans le coma. J'ai dit "on ne peut pas le laisser dans cet état là."

  • André Geffroy : cet homme de 92 ans est admis à l’hôpital de Bayonne après un accident vasculaire cérébral, le quatrième depuis 1976. Un scanner révèle une hémorragie cérébrale massive pour ce patient dans le coma. Il décède, vraisemblablement après l’intervention du docteur Bonnemaison, le 23 février 2011.

  • Jacqueline Froment : cette femme de 89 ans décède le 4 juillet 2011. Elle est alors en état semi-comateux, clairement en fin de vie mais sans présenter de signe de mort imminente. Elle devait d’ailleurs être à nouveau transférée en maison de retraite. Au moment de son décès, alors de Nicolas Bonnemaison est à son chevet, l’équipe médicale se dit surprise de cette mort rapide.

  • Marie Carrère : lorsqu’elle décède le 12 juin 2011, Marie Carrère est hospitalisée depuis quatre jours. Elle est dans un état comateux mais ne présente pas de signe de souffrance. Son fils, venu la voir, affirme n’avoir envisagé à aucun moment la possibilité d’abréger sa vie. Elle décède quelques heures après sa visite.

Nicolas Bonnemaison est donc mis en examen pour sept empoisonnements et renvoyé devant les assises de Pau.

Un dernier cas écarté

  • Pierre Suhit : cet homme de 88 ans est mort le 7 juillet 2011. Ancien enseignant, célibataire, sans enfant, il vivait avec son frère et sa soeur dans une maison de Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques). Atteint de la maladie de Parkinson, il tombe lourdement et se fait hospitaliser, il sombre alors dans un semi-coma. Son pronostic vital est engagé. Il décède le lendemain à 12h05 mais sans élément qui permette d’affirmer que Nicolas Bonnemaison qui ait injecté un produit. Le médecin a donc bénéficié d’un non-lieu pour ce cas.

En juin 2013, la cour d’assises de Pau acquitte Nicolas Bonnemaison pour l’ensemble des empoisonnements. Le parquet interjette appel, ce qui donne lieu à un nouveau procès.

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