Après les bordels de Dodo la Saumure et les petites soirées entre notables lillois, le tribunal correctionnel a commencé à entrer dans les sorties « accompagnées » d’un ancien cadre d’une filiale d’Eiffage. En cette année 2009, David Roquet cherche une jeune femme pour l’accompagner dans des soirées parisiennes avec Dominique Strauss-Kahn. Comment ce projet est il né, il s’en expliquera demain quand l’ancien patron du FMI sera présent. Pour aujourd’hui, le tribunal voulait comprendre comment il avait recruté Mounia, partie civile, et quel rôle avait joué l’amant de celle-ci, l’avocat Emmanuel Riglaire, accusé d’avoir été également son proxénète.

Tout commence donc en novembre 2009 au cours d’un déjeuner d’affaire entre les deux hommes, dans une bonne brasserie de fruits de mer. David Roquet et Emmanuel Riglaire en viennent à parler de leurs problèmes de couple, l’avocat évoque sa « maîtresse », Mounia. Peu après, Roquet appelle Riglaire pour lui demander si sa « copine » pourrait l’accompagner à une soirée à l’hôtel Murano à Paris.

  • Le président Bernard Lemaire : « et c’est tout ?… parce que votre idée c’était bien d’avoir des relations sexuelles, il n’y avait pas de doute dans votre esprit ?

  • David Roquet : dans le mien il n’ y en avait pas, après ce qu’il (Riglaire) a imaginé…

  • Le président : mais ça va mieux en le disant ! (…) Ce n’est plus de l’accompagnement, c’est tout à fait différent… - - - David Roquet : Il y a des gens qui peuvent être ouverts à l’idée de laisser partir leur maîtresse ou leur épouse. (…)

  • Le président : Mounia, elle sait à quoi s’attendre quand elle va au Murano ?

  • David Roquet : Elle sait que c’est une sortie libertine. Elle se doutait qu’on aurait une relation sexuelle ensemble et peut être qu’elle en aurait avec d’autres…

  • Le président : est-ce que vous le lui faites comprendre ?

  • David Roquet : Non

  • Le président : mais enfin quand on prépare une soirée de ce type on est peut-être un peu plus cru ? »

    Le tarif n’aurait été discuté que dans le train : Mounia demande 1500 euros, sur les conseils de Riglaire dit-elle, Roquet lui en verse 900, parce qu’il n’a pas autant d’argent sur lui et que la soirée s’est terminée tôt. Le récit du « candide » Roquet coïncide avec celui de « l’amoureux » Riglaire. __

  • Emmanuel Riglaire : « David me dit j’ai une soirée professionnelle à Paris, est ce que ta copine peut m’accompagner ? Je lui dit David… on se tutoie parce qu’on se connaît par la franc-maçonnerie… écoute, vois avec elle. (…) Peut être que David avait autre chose en tête mais la dimension sexuelle n’a jamais été évoquée.

-Le président Lemaire : si vous aviez su que c’était une sortie à but sexuel auriez-vous donné le numéro de Madame X ?

  • Emmanuel Riglaire : Hors de question… J’avais des relations non protégées avec elle.

  • Le président : dans la franc-maçonnerie il y a quand même le respect de l’autre ?

  • Emmanuel Riglaire : C’est la base monsieur. »

La version de Mounia diverge :

  • Mounia : « Il (M. Riglaire) m’a parlé d’une soirée qui se déroulerait sur Paris avec une personnalité.

  • Le président : Vous savez à quoi cela va consister ?

  • Mounia : Oui. Mais il ne m’a pas donné de détails. Juste que c’est une soirée rémunérée. C'est-à-dire que je serais payée pour avoir une relation sexuelle.

  • Le président : Il vous le dit comme ça ?

  • Mounia : Oui (hésite) peut-être dans ces termes à lui mais c’était évident. » __

On est un peu perdus entre malentendu, non dit ou mauvaise fois. Le président Lemaire, patience et bon sens à toute épreuve, l’exprime à plusieurs reprises de sa voix légèrement zézeillante : « entre Mounia et vous (Emmanuel Riglaire) il y en a un qui ment ». Emmanuel Riglaire explique que pour lui, son ami cherchait « une escort », une femme pour le mettre en valeur à un rendez-vous où un homme d’affaire ne peut aller seul. David Roquet vient à son secours, il fait la comparaison avec « les salons professionnels », où les participants aiment bien être « accompagnés », ce qui selon lui inclut, à la carte, « être avec une jolie fille», « aller au restaurant », « et plus ». Au Murano, Mounia aura bien une relation sexuelle, mais seulement avec Dominique Strauss-Khan. David Roquet murmure qu’il n’était « pas en forme », le président finit par lui demander pourquoi il n’y est pas allé tout seul.

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