Régis Aubry par Lucas Lebreton
Régis Aubry par Lucas Lebreton © Esba TALM - Angers

Ils sont médecins, ils côtoient la mort tous les jours ou presque. Et pourtant, elle est toujours aussi difficile à appréhender, disent-ils à la barre. Pas dans ces termes. Mais derrière leurs témoignages touchants, derrière le résultat de leurs réflexions, derrière les certitudes que certains assènent, derrière leurs dépositions devant la cour d’assises, ces médecins disent le désarroi de la médecine face à la toute fin de vie

Face à ce désarroi, ils sont plusieurs à mettre en garde face à la solitude.

« Toute sédation, et particulièrement lorsque la personne ne peut pas donner son avis, doit faire l’objet d’une discussion. On ne peut pas décider seul », déclare Régis Aubry, médecin spécialiste des soins palliatifs.

  • Pourquoi ?, interroge la présidente.

  • Parce que ça serait arbitraire. Ca peut être nous que nous essayons de sédater ou notre propre angoisse. Derrière nos bonnes intentions se cachent parfois nos propres peurs, notre propre subjectivité. »

Vincent Morel, ancien président de la société des soins palliatifs lui succède à la barre et évoque à son tour cette « ligne de crête » sur laquelle se tient parfois le soignant : « il y a des risques pour un médecin d’être confronté à des situations de fin de vie : le risque de la solitude, de la fatigue, le risque de la projection du bien pour autrui : ce que j’imagine qui serait bien pour lui. »

Vincent Morel par Thomas Mélandre
Vincent Morel par Thomas Mélandre © Esba TALM - Angers

Un médecin pas toujours dans les meilleures dispositions pour ce travail d’équilibriste : « le médecin est souvent isolé. Il y a une représentation qu’un médecin ne souffre pas, n’a pas de doutes », poursuit Vincent Morel, en ton calme et didactique.

Et de conclure : « s’il y a une souffrance qui est peut entendue dans le champ du soin, c’est la souffrance des médecins »

Après l’examen de la personnalité de Nicolas Bonnemaison, ses diverses hospitalisations en psychiatrie et le traitement antidépresseur qu’il prend depuis des années, ces mises en garde ont une résonnance toute particulière entre les murs de la cour d’assises.

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Salle d'audience du procès Bonnemaison par Lucas Lebreton
Salle d'audience du procès Bonnemaison par Lucas Lebreton © Esba TALM - Angers
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