Le tribunal de grande instance de Paris vient de condamner un homme qui s'était acharné sur la stèle du maréchal Juin en novembre dernier à Paris, lors d'une manifestation de gilets jaunes. Bilan : deux ans de prison, dont un an avec sursis et 72.579 euros de réparation.

La stèle du maréchal Juin vandalisée en novembre 2019 lors d'une manifestation de "gilets jaunes" dans le XIIIe arr. à Paris
La stèle du maréchal Juin vandalisée en novembre 2019 lors d'une manifestation de "gilets jaunes" dans le XIIIe arr. à Paris © AFP / Alain JOCARD

Pierre T., francilien de 31 ans était jugé ce lundi 16 décembre pour avoir attaqué avec un serre-joints de chantier la stèle du maréchal Juin, le 16 novembre dernier, place d'Italie dans le XIIIe arrondissement de Paris. Le parquet avait requis deux ans de prison avec mandat de dépôt. Ce sera finalement un an de prison ferme, qui pourrait être aménagé et un an avec sursis, mise à l'épreuve, des soins et l’obligation de payer l'intégralité de la facture de réparation qui a été avancée par la mairie de Paris. 

Présent sur toutes les manifestations des GJ à Paris depuis un an

Sur les images projetées sur écran géant à l'audience, on voit bien cet homme, avec sa doudoune foncée, sa capuche à fourrure et son sac à dos, s'acharner sur le marbre de la stèle du maréchal Juin en forme de petit muret. La statue apparaît un peu plus loin en arrière-plan. Pierre T. reconnaît que c'est bien lui sur les images, comme il l'avait dit aux enquêteurs de la police judiciaire, qui l'ont retrouvé rapidement, lui qui n'était qu'à moitié masqué et qui surtout est bien connu des services de police et de renseignement. Il affirme en effet avoir participé à toutes les manifestations de "gilets jaunes" à Paris, 30 au total, dont une participation ayant donné lieu à une interpellation le 1er décembre 2018, près du magasin Décathlon Wagram en train d'être pillé. 

Pierre T. commence par dire qu'il regrette son geste, qu'il ne sait pas ce qui lui a pris : "J'ai vu rouge, madame la présidente, j'ai vu rouge. S'il y avait une machine à remonter le temps, je ne le referais pas mais j'assume mes actes". Puis, en haussant le ton : "J'ai déconné grave mais ce n'est pas nous qui étions armés, qui avions des LBD et puis les tirs de grenades lacrymos pendant des heures. À ce moment-là, j'ai vomi, je me suis relevé, j'ai vu le serre-joint et j'ai vu rouge. J'ai craqué, j'ai déconné grave, je ne savais pas que c'était le maréchal Juin, mais quand on se fait gazer, le corps se met en mode survie. Et puis il y avait du matériel de chantier partout sur le site, c'est comme si c'était fait pour que ça dégénère..."

À la présidente qui lui demande s'il n'a pas l'impression de noyer le poisson, il répond : "Ben non. J'assume même si ça doit me coûter ma vie de famille.

Pierre T. raconte ensuite son parcours, ses galères des années durant pour trouver du travail, affirmant qu'on lui a proposé un CDI il y a une semaine, lui qui a multiplié les formations dans le BTP, notamment en électricité. Il évoque le mouvement des "gilets jaunes", des gens qui sont à bout, le soulèvement ...avant de se faire couper net par la présidente :

"-On est là pour votre dégradation... 

"-Je ne cassais pas pour faire des projectiles, fallait que la pression retombe", explique-t-il. 

La procureure rétorque qu'il y a eu deux sommations, qu'il aurait pu partir bien plus vite. Il répond : "Non, on a été 'nassés' direct  [encerclés par les forces de l'ordre], j'ai tenté à trois reprises de sortir mais les CRS bloquaient les avenues ! " 

Une note de 72579 euros

Manifestement pas convaincue par ces arguments, la procureure rappelle que c'est bien lui qui a initié la destruction de la stèle du maréchal. Elle réclame deux ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt en réponse à ce déchaînement de violence. L'avocate de la mairie de Paris enchaîne en brandissant le récent devis pour les réparations, une note de 72.579 euros, précisant qu'il n'y a pas d'assurance pour ce genre de dégradation sur un monument public.  

L'avocat de Pierre T. rappelle que son client ne s'est acharné que durant quelques secondes, une vingtaine au maximum avant de partir,  qu'il n'a frappé personne, qu'il ne s'agissait finalement que d'un bien mobilier - si on fait abstraction de sa valeur hautement symbolique. Il précise que son client a accepté un suivi psychologique dans le cadre d'une précédente affaire de violences au sein de son couple [son épouse avait retiré sa plainte, mais le parquet a décidé de le poursuivre malgré tout].

Dans son jugement, le tribunal n'a pas souhaité envoyer "l'ultra gilet jaune" directement en prison mais sa peine pourrait être aménagée par le juge d'application des peines.  Le sursis a été assorti d'une mise à l'épreuve avec une obligation de poursuivre un suivi avec une psychologue pour ses accès de violence. La justice a aussi décidé de lui imputer l'intégralité de la facture des réparations. Pierre T. et son avocat ont dix jours pour faire appel au civil, pour contester cette facture de 72.579 Euros.  

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