Après 48h de cavale, l'homme soupçonné d'avoir tiré sur des passants au marché de Noël de Strasbourg mardi soir a été neutralisé par les force de l'ordre jeudi peu après 21h.

Au terme de 48 heures de traque, les policiers ont abattu jeudi le tueur présumé du Marché de Noël de Strasbourg
Au terme de 48 heures de traque, les policiers ont abattu jeudi le tueur présumé du Marché de Noël de Strasbourg © AFP / Alain Jocard

La fin de la traque : 720 policiers et gendarmes étaient, depuis deux jours, à la recherche du tireur du marché de Noël de Strasbourg. On sait que plusieurs équipes du RAID, du GIGN et des brigades de recherche et d'intervention se tenaient également prêtes dans la région pour éventuellement donner l'assaut, par exemple dans une planque.
Peu avant les tirs, les envoyés spéciaux de France Inter avaient noté la présence d'un hélicoptère qui surveillait le quartier de la Meinau, tout proche du lieu de l'attaque, dans une zone industrielle.

Plusieurs tirs ont été entendus jeudi soir vers 21h 

Une patrouille de gardiens de la paix a repéré jeudi soir, au niveau du 74 rue du Lazaret, un homme qui correspondait au profil du tireur recherché et dont le comportement était suspect. Ces trois policiers - deux hommes et une femme - ont alors cherché à l'interpeller. Chekatt s'est retourné et a tiré sur les policiers avec son vieux pistolet, un vieux modèle 8mm de 1892 au tir imprécis. "Au moment de l'interpellation, le suspect s'est retourné et a ouvert le feu, il été tué par un tir de riposte. Aucun policier n'a été blessé lors de l'échange de tirs" a expliqué Christophe Castaner dans une très courte déclaration à 22h13 que le ministre de l'Intérieur a terminé en rendant hommage aux policiers : "Mesdames, messieurs, je suis fier" a-t-il dit. 

Une habitante du 74 rue du Lazaret a témoigné de sa terreur au moment des coups de feu : "J'ai juste entendu un bruit tellement fort que mon appartement a tremblé. Mon mari m'a dit qu'il y avait plein de policiers. J'ai eu peur que ma porte explose". 

Il est mort devant ma porte, c'est un cauchemar

Le procureur de Paris, Rémy Heitz, s'est rendu sur place pour confirmer l'identité de l'homme.

Revendication opportuniste ou réelle : Amaq, l'agence de propagande de l'Etat islamique, a ensuite présenté, sur son site internet, Chérif Chekatt comme l'un de ses "soldats", "qui a mené cette opération en réponse à l'appel à viser les citoyens de la coalition internationale", mais sans fournir aucune preuve.  

Soulagement à Strasbourg

Des habitants du quartier ont applaudi les forces de l'ordre à l'annonce de la neutralisation du tireur. Beaucoup disent leur soulagement et leur peur, rétrospective, d'apprendre qu'il était caché en ville. "Bonne nouvelle" et "soulagement" pour le maire de Strasbourg. Roland Ries estime que "cela permettra plus facilement de retrouver notre mode de vie, notre façon de vivre, nos valeurs". Il a confirmé la réouverture du marché de Noël dès vendredi matin. 

La traque aura duré deux jours

Chérif Chekatt aura donc été neutralisé dans le quartier de Neudorf, ce même quartier où les policiers avaient perdu sa trace, mardi soir, après 20 heures. Depuis mercredi soir, la police nationale avait lancé un appel à témoins. Et entre autres appels, une femme avait semble-t-il signalé hier un individu blessé dans le quartier. Les enquêteurs avaient fait, dans le même temps, plusieurs visites d'appartements dans le quartier du Neudorf pour "des levées de doute", sans trouver personne. 

Mardi soir, lors de l'attaque, Chekatt avait été blessé par des militaires de Sentinelle mais il avait réussi à monter dans un taxi qu'il avait braqué et il s'était fait déposer près de l'hôtel de police de Strasbourg. Là, il y avait eu des échanges de tirs avec des policiers qu'il avait visé, avant qu'il ne réussisse à nouveau à échapper à la police et disparaître.

Une partie de la famille de Chérif Chekatt et l'un de ses proches avaient été placés en garde à vue, à la recherche d'informations pour la traque et mercredi la police nationale avait lancé mercredi un appel à témoins pour retrouver l'auteur présumé de l'attentat.

La police avait publié mercredi soir un appel à témoins
La police avait publié mercredi soir un appel à témoins / Police

Risque de prise d'otage

Le tireur était donc bien resté dans le quartier où il a grandi, comme le pensaient depuis mardi soir les enquêteurs, n'hésitant pas à se déplacer à pied avec sa doudoune à capuche, malgré l'appel à témoins lancé par la police et les signalements qui se multipliaient. Reste à savoir de quelles complicités il a pu éventuellement bénéficier, sachant donc que plusieurs de ses proches étaient en garde à vue et que la plupart de ses contacts ou complices de braquages ont été arrêtés mardi matin ou surveillé.

"C'est une course contre la montre dont l'issue est inévitable, explique Christophe Rouget, secrétaire national adjoint du syndicat des des cadres de la sécurité intérieure. Comme toujours dans ce type de situation, un individu en cavale, d'autant plus s'il est blessé, n'a plus de contacts, il est coupé de tous, parce que c'était un délinquant, or avoir un complice pour faire un cambriolage c'est une chose, mais porter assistance à l'homme le plus recherché de France, c'en est une autre. 

Les risque majeur dans cette situation était qu'il prenne des otages. Ça a été évité grâce à nos trois courageux collègues de terrain 

"Il faut retenir la complémentarité de l'opération, note Yves Lefevre, secrétaire général du syndicat de gardiens de la paix SGP Force ouvrière. Parce qu'il y avait des services du renseignement, il y avait la police judiciaire, il y avait la BRI, le RAID et certainement l'apport du GIGN, et en même temps, en bout de chaîne, ce sont les policiers du quotidien qui ont réinstauré la paix à Strasbourg, des flics qui n'ont au maximum que trois tirs par an et qui sont allés au bout de la fatigue."

Un multirécidiviste

Né à Strasbourg, Chekatt a été condamné pour des faits de droit commun dès l'âge 13 ans. Il avait à son actif 27 condamnations pour des faits de vol et de violence, en France principalement, mais aussi en Suisse et en Allemagne où il avait également été incarcéré en 2016 pour cambriolages, avant d'être expulsé en France. 

Lors d'un passage en prison en France, Chérif Chekatt s'était fait remarquer pour des actes de violences et pour son prosélytisme religieux, un comportement signalé à la Direction générale de la sécurité intérieure.

Mardi soir, la fusillade dont il est l'auteur présumé, a fait quatre morts. Cinq étaient encore hospitalisées vendredi matin dont un an en état de mort cérébrale, selon un dernier bilan. 

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