La justice a reconnu France Télécom coupable de harcèlement moral, entre 2007 et 2008. L'ancien PDG Didier Lombard écope d'un an de prison dont 8 mois avec sursis ainsi que 15 000 euros d'amende.

L'ancien PDG de France Télécom Didier Lombard à son arrivée au tribunal de Paris, ce vendredi 20 décembre.
L'ancien PDG de France Télécom Didier Lombard à son arrivée au tribunal de Paris, ce vendredi 20 décembre. © AFP / Lionel Bonaventure

C'était un jugement très attendu dans le monde de l'entreprise. Ce vendredi 20 décembre, le tribunal correctionnel de Paris a reconnu France Télécom coupable de harcèlement moral. Conformément à ce qu'avait requis le parquet, l'entreprise devra ainsi s'acquitter d'une amende de 75 000 euros, la peine maximale pour les faits jugés.

Prison ferme pour trois anciens dirigeants

Également reconnus coupables, l'ancien PDG Didier Lombard, l'ex-numéro 2 Louis-Pierre Wenès et l'ex-DRH Olivier Barberot sont condamnés à un an de prison dont 4 mois ferme et 15 000 euros d'amende, pour avoir mis en place une politique de réduction des effectifs "jusqu'au boutiste" sur la période 2007-2008. Par la voix de son avocat, Didier Lombard a annoncé faire appel.

Les autres cadres poursuivis par la justice ont quant à eux été déclarés coupables de complicité de harcèlement moral. 

Les prévenus ont en revanche été relaxés sur la période concernant les années 2009-2010.

Lors du procès qui s'était tenu du 6 mai au 11 juillet, dix ans après une vague de suicides et de dépressions au sein du personnel, les anciens patrons de France Télécom ont vu défiler les victimes, écouté leur désespoir, leur colère ou leur résilience. Parfois ébranlés, les prévenus ont nié toute volonté de déstabiliser sciemment les salariés pour les faire partir, et assuré avoir agi pour sauver l'entreprise. L'entreprise avait annoncé qu'elle ne ferait pas appel en cas de condamnation.

"Un tournant dans le droit pénal du travail"

France Télécom, devenue Orange en 2013, est la première entreprise du CAC 40 à comparaître pour harcèlement moral. Patrick Ackermann, représentant Sud, a salué un jugement qui constitue "une grande victoire" et une "reconnaissance nette des préjudices subis". Jean-Paul Teissonnière, avocat du syndicat, y voit "un tournant dans le droit pénal du travail sur la question du harcèlement institutionnel et sur le management toxique". "Nous sommes extrêmement satisfaits que le tribunal ait décidé de la condamnation des dirigeants de l'époque", a également déclaré sur franceinfo Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC Orange.

Autre tonalité du côté de Raphaël Louvradoux, dont le père, salarié à France Télécom, a mis fin à ses jours."Les condamnations restent ridicules par rapport à la gravité de ce qu’il s’est passé", a-t-il estimé. "Pour des gens qui ont organisé un système qui a poussé des dizaines de personnes à la dépression et au suicide, ne pas passer par la case prison est un problème", a-t-il ajouté, pariant sur un aménagement de peine qui éviterait la prison aux condamnés.

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