Comme chaque année, la Contrôleure des prisons dénonce la situation des prisons en France. Des détenus trop nombreux pour des cellules trop rares, avec des conséquences néfastes. Mais pour elle, la solution n'est pas "plus de cellules" mais bien "moins de détention".

Une cellule de Fresnes, quartier des arrivants. Seulement 9 m² pour deux, voire trois personnes
Une cellule de Fresnes, quartier des arrivants. Seulement 9 m² pour deux, voire trois personnes © Radio France / Corinne Audouin

Adeline Hazan estime en effet dans son rapport que "la privation de liberté" devrait de plus en plus devenir "une mesure de dernier recours", avec un développement et des moyens supplémentaires pour les peines alternatives. Elle ajoute qu'à l'inverse, la construction de 15.000 nouvelles places de prison (en plus des près de 60.000 places existantes) est simplement "une fuite en avant" pour échapper à une vraie réflexion sur la détention et le sens à lui donner.

Les juges doivent être attentifs aux conditions de détention et s'assurer qu'une incarcération puisse avoir du sens.

D'autant que ces conditions de détention ne sont pas, comme toujours depuis de nombreuses années, à la hauteur des enjeux. Le principe de l'encellulement individuel (un seul détenu par cellule) est ainsi inscrit dans la loi depuis 1975, mais n'a jamais été respecté. Ce qui fait dire à un détenu du centre pénitentiaire de Fresnes, cité dans le rapport : "Vous nous demandez de respecter les lois pour lesquelles vous nous avez incarcérés, mais vous vous permettez de ne pas les respecter[...] Aucune règle n’est respectée, les droits de l’homme non plus. Nous, nous sommes en prison pour ne pas avoir respecté des lois. Mais pour vous, aucun jugement."

La France à contre-courant du reste de l'Europe

Une surpopulation qui, selon la Contrôleure des prisons, est la principale origine des nombreux problèmes rencontrés à la fois par les détenus et les surveillants, qui étaient mobilisés le mois dernier pour dénoncer leurs conditions de travail et de sécurité. Elle génère "des tensions, tant entre détenus qu'entre ces derniers et le personnel".

Une situation d'autant plus embarrassante pour la France qu'elle est de plus en plus en train de devenir une spécificité locale, à l'inverse des tendances chez nos voisins européens : "en 2015, la France faisait partie des des huit pays du Conseil de l'Europe qui avaient des établissements surpeuplés [...] _elle est désormais l'un des rares pays européens dont la population pénale continue à augmenter_."

Pourquoi ces statistiques à contre-courant ? Pour Adeline Hazan, c'est une conséquence directe de la "plus grande sévérité en matière de répression, une plus grande rapidité dans l'exécution de la réponse pénale", mais aussi le nombre de plus en plus important de personnes placées en détention provisoire. Et donc de détenus qui n'ont toujours pas été jugés.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.