enquête sur la violation du secret de l'instruction dans l'affaire tapie
enquête sur la violation du secret de l'instruction dans l'affaire tapie © reuters

Après quatre jours de garde à vue, Bernard Tapie a été mis en examenvendredi pour "escroquerie en bande organisée" dans l'enquête sur l'arbitrage qui lui a permis d'obtenir 403 millions d'euros en 2008 pour solder son litige avec le Crédit Lyonnais.

L'homme d'affaires a été placé sous contrôle judiciaire, a précisé son avocat Me Hervé Temime. Il va partir se reposer "loin de Paris", a-t-il dit.

Maurice Lantourne, l'un des avocats de Bernard Tapie, était quant à lui toujours entendu par la brigade financière depuis

mardi. L'homme d'affaires est autorisé à entrer en contact avec ce dernier, mais pas avec les autres protagonistes du dossier, a précisé Me Hervé Temime.

Les précisions de Sarah Ghibaudo

Avant lui, trois autres personnes ont été mises en examen pour escroquerie en bande organisée : l'ex-juge arbitre Pierre Estoup, Stéphane Richard, le PDG d'Orange, et Jean-François Rocchi, l'ancien président du Consortium de réalisation (CDR), instance chargée de gérer le passif du Crédit Lyonnais.

L'État dépose un recours

Tapie mis en examen
Tapie mis en examen © Radio France

Le Consortium de réalisation (CDR), structure chargée de liquider le passif du Crédit Lyonnais, a déposé un recours contre l'arbitrage. Ce recours vise à remettre en cause la sentence arbitrale, elle est entre les mains des huissiers. Il sera pris en charge par la Cour d'appel de Paris, a précisé Pierre-Olivier Sur.

Pour obtenir une révision, le CDR devra démontrer une fraude au jugement.

L'Etat et l'Etablissement public de financement et de restructuration (EFPR) veulent eux sécuriser l'indemnisation de leur préjudice dans l'attente d'une décision sur la validité de l'arbitrage, contre lequel elles envisagent un recours.

Si cette demande était acceptée, les trois juges pourraient réclamer à Bernard Tapie une caution, geler ses avoirs ou mettre ses biens sous séquestre.

Sarkozy n'est pas intervenu, affirme Tapie

À ce jour, trois personnes ont été mises en examen pour "escroquerie en bande organisée" dans ce dossier: l'ex-juge arbitre Pierre Estoup, Stéphane Richard, le PDG d'Orange , et Jean-François Rocchi, l'ancien président du CDR.

Les révélations se sont multipliées ces derniers jours sur les liens, alors dissimulés, entre l'ancien magistrat Pierre Estoup et le "camp Tapie", notamment Maurice Lantourne.

Les enquêteurs soupçonnent également l'homme d'affaires d'avoir eu des liens anciens avec l'ex-juge arbitre.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, qui a accepté l'arbitrage et n'a pas introduit de recours contre son résultat, a été interrogée fin mai par la Cour de justice de la République et placée sous le statut de témoin assisté.

Dans un livre paru jeudi, "Un scandale d'État, oui ! Mais pas celui qu'ils vous racontent", Bernard Tapie réaffirme que Nicolas Sarkozy n'a pas provoqué le recours à l'arbitrage pour solder son contentieux avec le CDR.

"L'ancien président n'a pas cherché à m'aider. Il n'a pas provoqué l'arbitrage", dit-il dans cet ouvrage consacré en grande partie à sa bataille avec le Crédit Lyonnais. "Il n'a pas donné d'instructions en ma faveur à quiconque. Mais il ne s'est pas opposé à la procédure permettant de sortir d'un litige qui datait de... 1995. C'est tout."

Il précise s'être entretenu avec Nicolas Sarkozy "de nombreuses fois, à peu près tous les deux mois, avant, pendant et après qu'il soit président de la République".

Dans une interview à Reuters, l'ancien membre des radicaux de gauche avait justifié cette proximité par des relations humaines et un désir d'échanger sur de nombreux sujets politiques.

"Le seul fait que ces rendez-vous soient notés dans l'agenda présidentiel suffirait à une personne de bonne foi pour en déduire qu'ils n'étaient ni secrets ni incompatibles avec l'intérêt public", écrit-il dans son livre.

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