Vendredi soir, l'islamologue suisse Tariq Ramadan a été mis en examen pour viols et incarcéré. Il est soupçonné d'avoir agressé sexuellement deux admiratrices, en 2009 et 2012, en marge de conférences. La mise en examen intervient après une confrontation avec l'une des plaignantes.

Tariq Ramadan, ici lors d'une conférence en 2012
Tariq Ramadan, ici lors d'une conférence en 2012 © AFP / MEHDI FEDOUACH

Tariq Ramadan a dormi en prison, dans la nuit de vendredi à samedi. Après deux jours de garde à vue, l'islamologue suisse a été mis en examen vendredi soir pour deux viols dont il est accusé, en 2009 et en 2012, et incarcéré.  

A 55 ans, ce théologien, souvent accusé de promouvoir un islam politique voire radical, était ciblé par deux ces deux plaintes depuis fin octobre. Il fustigeait jusqu'à présent "une campagne de calomnie".  

Confrontation avec la plaignante

"On est d'abord dans le soulagement, maintenant on passe à une phase d'enquête judiciaire, bien plus importante et bien plus longue", note Me Eric Morain, avocat de l'une des victimes présumées, Christelle (c'est un pseudonyme), invité ce samedi matin sur France Inter. "Enfin, la justice a considéré que la parole d'une des deux plaignantes avait un intérêt et avait un début de crédibilité", se félicite-t-il. "S'il y a d'autres victimes en France ou ailleurs, elles savent maintenant que la justice peut prendre en compte ce qu'elles ont vécu", avait déclaré plus tôt Me Jonas Haddad, avocat d'Henda Ayari, la première plaignante.  

La mise en examen a été prononcée notamment après une confrontation de Tariq Ramadan avec l'une de ses victimes présumées, Christelle (c'est un pseudonyme), au cours de laquelle la plaignante a notamment identifié une cicatrice que porte Tariq Ramadan à l'aine, indécelable sans un contact rapproché, selon une source proche du dossier. Tariq Ramadan, qui nie tout rapport sexuel, a refusé de signer le procès-verbal de cette confrontation.  

"Scène d'horreur"

Selon l'avocat de Christelle, Me Eric Morain, "c'était la première fois qu'ils se revoyaient (…) pour elle c'était une épreuve à laquelle elle avait été préparée, et qu'elle souhaitait passer pour que cet acte soit derrière elle, et pour dire en face ce qu'elle avait dit au procureur et aux policiers

Les faits présumés ont eu lieu à chaque fois en marge de conférences données par l'intellectuel, dans des hôtels, à Paris et Lyon. L'avocat décrit "une scène de terreur, d'horreur, de violence extrême" suivie de menaces : "Ce dossier est parsemé de menaces et de pressions", dénonce-t-il. Et à chaque fois, les plaignantes étaient des admiratrices du théologien, en qui elles pensaient avoir trouvé un guide spirituel. 

"Une sorte d'autorité"

"On passe à côté de ce dossier si on passe à côté de l'emprise qu'exerçait M. Ramadan", explique Eric Morain. "C'est un personnage public, ce qui crée une sorte d'autorité, morale et religieuse. _Ma cliente avait la foi des convertis récents_, elle dit dans la procédure que c'est comme si elle avait été voir un imam".  

Pour l'heure la défense de Tariq Ramadan n'a pas pris la parole, mais a demandé un débat avec le juge des libertés et de la détention, qui doit avoir lieu d'ici quatre jours. En attendant ce débat, il restera incarcéré. Après les révélations du mois d'octobre, il s'était mis en retrait "d'un commun accord" de l'université britannique d'Oxford, où il enseignait.  

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