Dans ses déclarations que nous avons pu consulter, Tariq Ramadan reconnait cinq relations extraconjugales, et peine à s'expliquer sur certains points. Il est trop tôt pour dire qu'il a échappé à une nouvelle mise en examen: il n'a quasiment pas été interrogé sur la troisième plainte pour viol, en cours d'investigation.

Tariq Ramadan en janvier 2005
Tariq Ramadan en janvier 2005 © Maxppp / Luc Nobout

En garde à vue, Tariq Ramadan avait refusé de s’expliquer sur sa vie sexuelle, mais les juges d’instruction lui ont objecté que c’était « utile » vu la nature des faits reprochés. Pour la première fois, le théologien a donc admis avoir eu des relations sexuelles avec cinq femmes.

« Oui, il m’est arrivé d’avoir des relations extra-conjugales »

Ces cinq femmes ont justement toutes été interrogées dans le dossier. Parmi elles, les deux femmes qui ont témoigné sous X, et celle qui a porté plainte au mois de mars, désignée dans la presse comme « Marie ».

« J'ai eu des hauts et des bas, des fois où j'ai été totalement en cohérence avec mes principes et d'autres où j'étais plus fragile » lâche Tariq Ramadan. Il explique en partie ces relations, peu conformes à la morale religieuse qu’il prône dans ses discours, par les nombreuses tentations que lui vaudrait sa célébrité.

« C'est moi qui suis harcelé »

« Ce sont des femmes qui viennent me chercher » prétend Tariq Ramadan. Après ses conférences ou ses passages à la télévision, sur les réseaux sociaux beaucoup. Des femmes, et parfois des hommes. « Je n'étais pas seulement sollicité comme un intellectuel, mais aussi comme un homme » martèle le théologien qui se souvient avoir été « élu parmi les sept hommes les plus sexy du monde » par un journal. 

« C'est moi qui suis harcelé » assure-t-il, « je passe au Bourget pour une conférence, et le service d'ordre doit sortir trois femmes des toilettes parce que j'y vais. » 

Il admet avoir répondu à des sollicitations, pour s’engager dans « un jeu sexuel », mais le plus souvent « virtuel », c’est-à-dire sans rencontre physique.

Tariq Ramadan se pose à plusieurs reprises en victime. La troisième plaignante, Marie, avec laquelle il reconnait quelques relations bien réelles sur une période d’environ deux ans, a été brièvement évoquée dans l’interrogatoire de mardi : « c’est moi qui était harcelé, j’étais dépassé » se plaint le théologien. Il assure que Marie aurait ensuite menacé de le « faire tomber ».

Avec les deux premières plaignantes, des rapports prétendument « virtuels »

En revanche, Tariq Ramadan nie toujours toute relation sexuelle avec les deux premières femmes qui avaient porté plainte contre lui en octobre dernier, Henda Ayari et « Christelle ». 

Les juges l’ont longuement interrogé sur sa relation avec Christelle, qui a fourni les éléments les plus précis sur son viol allégué, en octobre 2009. Selon Tariq Ramadan, c’est elle qui le contacte sur Facebook, et leurs rapports seraient restés « de nature virtuelle et sexuelle ». Il nie lui avoir proposé le mariage, et assure qu’il se méfiait de son caractère instable. Il reconnait finalement l’avoir rencontré dans le hall de son hôtel avant une conférence à Lyon, mais nie l’avoir fait monter dans sa chambre. Les violences qu’elle a décrites seraient « pure invention ». Quant au fait qu’elle connaisse sa cicatrice à l’aine, il déclare d’abord qu’il en a peut-être parlé en public, puis qu’elle a dû apprendre son existence par d’autres femmes.

Au sujet  de Henda Ayari,Tariq Ramadan affirme là encore que c’est elle qui lui aurait envoyé des messages de plus en plus explicites, de manière « très intrusive ». Ce serait elle qui aurait demandé « des mots crus » ou « d’être dominée ». Henda Ayari décrit dans sa plainte une relation qui aurait basculé dans la brutalité malgré son refus : « ça n’a jamais existé » martèle le théologien, qui se dit convaincu que les plaignantes sont déterminées à lui nuire, peut-être sous l’influence de certains de ses adversaires (il cite l’essayiste Caroline Fourest, ou le polémiste d’extrême-droite Alain Soral).

« Je ne suis pas un violeur »

Vu la teneur des messages échangés entre Tariq Ramadan et certaines femmes et versés au dossier (« si je te vois, je te viole » écrit-il à une ancienne maîtresse), les juges ont demandé à Tariq Ramadan s’il était « adepte de pratiques sexuelles violentes ou brutales ». Le théologien se dit « profondément révolté »,  et affirme n’avoir « jamais exercé de violence sur une femme ». Il parle de « rapports fougueux, de domination », dans un « cadre de consentement et de complicité ».

A sa décharge, l’une de ces anciennes maîtresses a témoigné avoir refusé de se laisser entraîner vers une sexualité « hard » : « je lui ai dit que je n’aimais pas ça. Il n’a pas continué».

«Je le dis et je le répète, je ne suis pas un violeur lance Tariq Ramadan. Quand on me dit « non » c’est non. »

« Sont-elles toujours en mesure de vous dire non ? » interroge l’une des juges. 

« Mais madame, répond Tariq Ramadan, j’ai essuyé des non. »

Le théologien ajoute : « Je n’ai pas utilisé mon statut pour maintenir les femmes sous mon emprise ». 

Les juges ont l’intention de l’interroger à nouveau courant juillet.

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