Une semaine après les premiers blocages d'établissements pénitentiaires pour protester contre les conditions de travail des surveillants, un projet d'accord entre le ministère de la Justice et les trois principaux syndicats est sur la table. Mais samedi soir, les trois syndicats majoritaires ont rejeté le texte.

Samedi les syndicats Ufap-Unsa et CGT-Pénitentiaire ont levé les blocages, le temps d'examiner le projet d'accord, tandis que FO-Pénitentiaire appelle à durcir le mouvement.
Samedi les syndicats Ufap-Unsa et CGT-Pénitentiaire ont levé les blocages, le temps d'examiner le projet d'accord, tandis que FO-Pénitentiaire appelle à durcir le mouvement. © AFP / PASCAL POCHARD-CASABIANCA

près une semaine de tensions dans les prisons, les syndicats de surveillants ont rejeté hier soir (samedi) un projet d'accord négocié avec le gouvernement et appelé à un "blocage total" des établissements lundi à 06h. 

Le mouvement avait été suspendu samedi dans les prisons par deux des trois principaux syndicats pénitentiaires. L'Ufap-Unsa (majoritaire) et la CGT-Pénitentiaire ont ainsi interrompu momentanément les blocages, le temps de soumettre à leurs militants des propositions sur la sécurité et l'emploi. Mais le texte, issu des négociations entamées mardi avec l'administration pénitentiaire, avait été rejeté d'emblée par FO-Pénitentiaire, farouchement opposé, qui qualifie le texte de "poudre aux yeux" et appelle à durcir le mouvement.

Ce projet d'accord publié vendredi soir prévoit notamment la création de 1 100 emplois de surveillants sur quatre ans, dont cent premiers emplois dès 2018. Le document a également été soumis à la ministre de la Justice Nicole Belloubet. Mais les syndicalistes ont rejeté massivement le texte, le plan du gouvernement ayant été jugé trop flou.

Les négociations devraient reprendre lundi après une nouvelle matinée de blocage des prisons. Cette fois la question du salaire des surveillants sera sur la table.

A l'heure actuelle, l'administration pénitentiaire compte 28 000 surveillants dans 188 établissements.  

Un régime spécifique pour les détenus "terroristes et radicalisés"

Après une série d'agressions qui a attisé la colère des surveillants, le texte prévoit aussi des mesures pour améliorer la sécurité des gardiens et un régime de détention défini pour les "détenus terroristes et radicalisés", permettant une "étanchéité totale de la gestion des détenus les plus dangereux".

FO-Pénitentiaire  Le syndicat appelle à "durcir" le mouvement par le biais notamment de "dépôts de clés", geste qui consiste pour les surveillants à ne pas prendre leur travail et à laisser, le cas échéant, les forces de l'ordre prendre le relais.

"Une vingtaine" d'établissements, selon Yoan Karar, secrétaire général adjoint de FO, étaient touchés par un mouvement de "dépôt de clés" samedi matin, opération qui consiste pour les surveillants à ne pas prendre leur travail et à laisser les forces de l'ordre prendre le relais le cas échéant. 

Le "dépôt de clés" se poursuivait pour la deuxième journée consécutive à la prison de Borgo, en Haute-Corse, au lendemain de l'agression de deux surveillants de ce centre pénitentiaire par un détenu signalé pour radicalisation.

Comme vendredi, la prison est gérée par les gendarmes, tandis qu'une centaine de surveillants se sont rassemblés devant l'établissement après avoir empilé des palettes en bois devant la porte principale.  La garde des Sceaux s'était rendue vendredi en Corse.                      

Problèmes de recrutement

A Fleury-Mérogis (Essonne), la plus grande prison d'Europe, seul un bâtiment sur les cinq que compte la maison d'arrêt des hommes fonctionnait normalement samedi matin, selon Thibault Capelle, secrétaire local FO-Pénitentiaire. "Un bâtiment entier a déposé les clés, un autre a gardé les clés à la main mais a refusé d'assurer les mouvements et le fonctionnement de deux autres est aussi perturbé par les agents", a-t-il affirmé.

A Fresnes (Val-de-Marne), une quarantaine de surveillants se sont rassemblés devant l'entrée de la prison et ont retardé leur prise de service jusqu'aux alentours de 08h. 

Au centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne), "90% des agents n'ont pas pris leur service" samedi matin, selon Erwan Saoudi de FO-Pénitentiaire. Le syndicaliste regrette que le projet d'accord n'aborde pas la revalorisation des salaires alors qu'"énormément" d'agents quittent la pénitentiaire, vers d'autres administrations : "Ils pourraient annoncer 4.000 (agents supplémentaires), ils n'arriveront pas à recruter. Tant qu'on aura pas des salaires à la hauteur de nos missions, on n'arrivera pas à recruter".  

Selon Yoan Karar de FO-Pénitentiaire, "il y a encore eu un concours de recrutement de gardiens de prison (ces derniers jours) et 70 % des candidats ne se sont même pas présentés", a-t-il dit.

L'Ufap-Unsa (majoritaire) ne prévoyait rien ce week-end en Bretagne et en Occitanie.  

Les surveillants ont lancé leur mouvement national de blocage des prisons après l'agression le 11 janvier de surveillants par un détenu djihadiste à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais).  Autre agression qui a attisé la colère des surveillants, celle d'une gardienne du centre de détention de Tarascon (Bouches-du-Rhône) mardi par un détenu. Ce dernier a été jugé vendredi en comparution immédiate et condamné à quatre ans de prison ferme.

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