Un an après les attentats de Bruxelles, France Inter a retracé les itinéraires des membres de la cellule qui en est à l'origine, la même qui est responsable des attentats de Paris.

Bruxelles était le point de chute de tous les terroristes responsables des attaques de Paris et Bruxelles
Bruxelles était le point de chute de tous les terroristes responsables des attaques de Paris et Bruxelles © Radio France / Fiona Moghaddam-Olivier Bénis

Il y a un an jour pour jour, Bruxelles était frappée par deux attentats. L’un dans le hall des départs de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, l’autre, une heure plus tard, dans le métro qui venait de quitter la station Maelbeek, en pleinb quartier des institutions européennes. Ces attaques ont fait 32 morts et 340 blessés. À l’origine de ces attentats, trois kamikazes, dont les frères El Bakraoui, des proches de Salah Abdeslam, impliqué dans les attentats de Paris. On savait déjà que les attaques de Paris et Bruxelles avaient été coordonnées par la même cellule. Il apparaît aujourd’hui clairement que tous ces terroristes sont passés par Bruxelles.

L’éclaireur

Nous sommes à l'été 2015, en pleine crise migratoire pour l'Europe. Le parti de la gauche radicale d'Alexis Tsipras, Syriza, est arrivé au pouvoir en janvier. Le discours sur les flux de migrants a changé. La réalité aussi.

Parmi les réfugiés qui affluent aux frontières de l'Union européenne: Bilal Chatra, algérien de 20 ans. C'est l'éclaireur du groupe Etat islamique, celui qui chargé par l'organisation terroriste de repérer le trajet pour rejoindre la Belgique. Tous les djihadistes du 13 novembre et du 22 mars alors encore Syrie suivront ses pas. A chaque étape de son périple, il les tient d'ailleurs informés des possibilités de passage. Jusqu'au 16 juillet 2015, Bilal Chatra est arrêté à Gyor, en Hongrie alors qu'il tente de rallier l'Autriche en train.

Il est finalement libéré le 4 août et rejoins Bruxelles en voiture. Là, alors qu'il se cache dans une planque avec Ayoub El Khazzani, l'assaillant du Thalys le 21 août, il reçoit l'ordre de "se préparer psychologiquement" à mener une attaque. Mais il s'enfuit. Il sera finalement arrêté et emprisonné en Allemagne où il est toujours.

►►►Bilal Chatra, sur la route des migrants

Le coordonnateur

C'est sur une vidéo postée depuis la Syrie, qu'Abdelhamid Abaaoud s'est fait connaître du grand public. Le djihadiste y apparaît tout sourire, au volant d'un pick-up, tractant des cadavres. Mais alors que les autorités belges et françaises le croient en Syrie, Abdelhamid Abaaoud entre en Serbie le 1er août 2015. Avec lui, un autre djihadiste : Ayoub El-Khazzani, destiné, même s'il ne le sait pas encore, à mener l'attaque du Thalys trois semaines plus tard. Les deux hommes atteignent Röszke, à la frontière hongroise avant de rejoindre Budapest. Ils y logent quelques jours à l'hôtel, puis se séparent. Abdelhamid quitte le pays en voiture. Direction : la Belgique. Ayoub Al-Khazzani, lui, fera un détour par Vienne, puis l'Allemagne avant de rejoindre, lui aussi, la capitale belge.

►►► L'itinéraire d'Abdelhamid Abaaoud, de Syrie à la France

►►►La route empruntée par Ayoub El-Khazzani

Le 4e commando du 13 novembre ?

Nous sommes en septembre 2015, dans un immeuble de Raqqa. Quatre hommes se rencontrent sous la houlette d'un 5e, Ousama Atar, une des figures belges du djihad qui s'avèrera être le commanditaire des attentats de Paris et Bruxelles. Les quatre hommes eux ont des parcours bien différents : Adel Haddadi est originaire d'Alger, Muhammad Usman du Pakistan, les deux autres sont probablement irakiens, si l'ont en croit les passeports retrouvés près d'eux après qu'ils se soient faits exploser au Stade de France le 13 novembre.

L'équipe va fait en partie route commune, quitte Alep en voiture, poursuit jusqu'à la frontière turque à l'aide d'un passeur, puis font route jusqu'à Izmir, en Turquie. Là, ils séjournent quelques jours, le temps d'organiser la suite du voyage. C'est Adel Haddadi qui s'en charge : le marché est conclu pour un passage en Grèce, moyennant 1100 dollars par personne. Mais le 3 octobre, sur l'île de Leros, Adel Haddadi et Muhammad Usman sont repérés. Leur manque de maîtrise du dialecte syrien les trahissent, ils sont arrêtés. Leurs deux compagnons passent, eux, inaperçus et poursuivent leur chemin jusqu'à Bruxelles.

Adel Haddadi et Muhammad Usman finiront par être libéré mais on est alors le 10 novembre. Ils prennent un ferry pour Athènes, puis rejoignent la Macédoine dans un bus de migrants, la Croatie en train et enfin la Slovénie, mais il est trop tard pour les attentats du 13 novembre auxquels ils devaient probablement participer. D'ailleurs, même après les attaques, les deux hommes tentent de rejoindre Paris. Ils sont finalement arrêtés le 10 décembre à Salzbourg.

►►►L'itinéraire du commando du Stade de France

Le convoyeur

En retraçant l’itinéraire des terroristes, il apparaît clairement que Salah Abdeslam a joué un rôle de "convoyeur". Le 30 août 2015, il vient récupérer Bilal Hadfi (l’un des trois kamikazes du Stade de France) et Chakib Akrouh (l’un des trois assaillants des terrasses parisiennes) à Kiskorös au sud de la Hongrie. Il les conduit tous les deux à Bruxelles, dans une voiture de location. Dix jours plus tard, c’est cette fois à Budapest que se rend Salah Abdeslam pour récupérer Mohamed Belkaïd (qui va piloter depuis Bruxelles les attentats du 13 novembre) et Najim Laachraoui (kamikaze de l’aéroport de Bruxelles). Il le emmène également à Bruxelles, dans une autre voiture de location. Il retourne à cette même gare, pour aller chercher les trois membres du commando du Bataclan (Omar Ismaïl Mostefai, Samy Amimour et Foued Mohamed-Aggad) le 17 septembre, destination toujours la Belgique. Salah Abdeslam effectue un dernier trajet pour l’Allemagne à Ulm où il va chercher Osama Krayem (qui a renoncé à se faire exploser au métro Maelbeek le 22 mars 2016), Ahmad Alkhald (l’artificier des attaques) et Sofien Ayari avec qui il a été arrêté l’an dernier. Le dernier convoi part de Charleroi pour Paris le 12 novembre 2015.

►►►Salah Abdeslam, des allers-retours

La relève du 22 mars ?

En amont du 13 novembre, trois hommes vont également arriver à Bruxelles. Ahmad Alkhald, Osama Krayem et Sofien Ayari sont également arrivés en Europe par la route des migrants. Eux aussi, sont récupérés par un complice à Ulm, en Allemagne, pour rejoindre la Belgique en voiture. Mais aucun d'entre eux ne participent aux attaques de Paris et Saint-Denis.

Ahmad Alkhald a un rôle bien précis : préparer les explosifs. Ses empreintes sont retrouvées dans plusieurs planques, sur plusieurs ceintures explosives des kamikazes, dont celle abandonnée par Salah Abdeslam dans une poubelle de Montrouge. Une fois sa mission terminée, Ahmad Alkhald regagne la Syrie. De là, il pilotera par téléphone la fabrication des explosifs du 22 mars, qui se révèleront d'ailleurs bien plus puissants que ceux utilisés à Paris.

On ne sait pas, en revanche, quel rôle devait jouer Sofien Ayari. Il est bien à Bruxelles dès le mois d'octobre 2015, mais il n'apparaît véritablement dans le dossier qu'au moment de son arrestation, alors qu'il se cache dans une maison de Molenbeek avec Salah Abdeslam. C'est d'ailleurs leurs arrestations qui va déclencher les attaques du 22 mars à Bruxelles.

Osama Krayem, lui, prend part à ses attaques. Il est dans le métro, le 22 mars, mais renonce à se faire exploser. Il est arrêté peu après.

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